Message 11 Déc 2005, 15:25

Les Mongols et le Bouddhisme

Les Mongols et le Bouddhisme


La religion bouddhiste n'a pas toujours eu le côté pacifiste qu'on lui connait aujourd'hui.
Vers le XIIème et XIIIème siècle, afin de se développer, elle trouve un allié pour le moins paradoxal : Les Mongols.

La guerre dans le Tibet médiéval, signifia en de nombreuses occasions, l’intervention militaire de diverses tribus mongoles dans les affaires internes du pays.

Le plus grand conquérant de toute l’humanité, du moins en ce qui concerne l’expansion du territoire sous son contrôle, fut Gengis Khan. Il unifia les peuples des steppes mongoles en Asie et constitua avec eux une armée qui jeta la peur dans les cœurs d’Europe et de Chine tout comme dans les Etats islamiques.

Comme on l’a déjà fait remarquer à diverses reprise, sa manière de faire la guerre était extrêmement moderne pour l’époque. Les préparatifs avant une offensive prenaient habituellement plusieurs années. Il faisait étudier les forces et les faiblesses de l’adversaire en détail. Cela était réalisé entre autres par un réseau habilement construit d’espions et d’agents.


Plus les préparatifs de guerre étaient longs, plus les batailles étaient décidées rapidement.
Si une ville s’opposait au grand Khan, toute créature vivante y habitant devait être exterminée, même les animaux , les chiens et les rats étaient exécutés. Pourtant pour ceux qui se soumettaient à lui, il devenait un rédempteur, un homme-dieu et un prince de la paix.

Tactiquement du moins, en voulant s’étendre en Mongolie, le lamaïsme tibétain fit bien de déclarer que Gengis Khan, vénéré comme étant divin, était l’un des siens.

Ce qui était gênant pour cette démarche était que le conquérant du monde n’était pas le portrait d'un parfait adepte des enseignements bouddhistes.
Il n’avait confiance qu’en lui-même (ou en les pratiques religieuses chamaniques de ses ancêtres) et existe même de sérieuses indications qu’il se sentait attiré par les idées monothéistes afin de pouvoir légitimer sa domination mondiale unique.

Pour les lamas, il était nécessaire de trouver une 'astuce' et en faisant appel à leur système de l’”ADI BOUDDHA”, ils purent facilement égaler leurs rivaux monothéistes.

D’après la légende, un concours entre les religions eut également lieu devant le trône du souverain, qui du point de vue tibétain fut remporté par les bouddhistes (la même histoire est racontée par les mahométans, mais finit par la décision du ‘souverain du monde’ de choisir les Enseignements du Prophète ?).

La proverbiale cruauté du khan mongol ne fut pas, non plus, un obstacle à sa ‘bouddhisation’ fabriquée. En effet, il put être intégré sans problème dans le système tantrique en tant qu’aspect terrible d’un Bouddha (un heruka) ou en tant qu’un dharmapala (dieu tutélaire) assoiffé de sang.

Ainsi de plus en plus d’histoires furent inventées qui le dépeignaient comme un représentant de la Sainte Doctrine (le dharma).

Entre autres choses, les lamas mongols construisirent une ascendance qui remontait à un roi indien bouddhiste et la mirent à la place de la légende zoomorphique commune parmi les chamans selon laquelle Gengis Khan était le fils d’un loup et d’une biche.

Une autre histoire raconte qu’il descendait d’une famille royale tibétaine. On croit fermement qu’il était en correspondance avec un grand abbé de la secte Sakyapa et qu’il lui avait demandé sa protection spirituelle.

On sait que Gengis Khan ne pris aucune décision quant au choix de sa propre religion et garantira, dans son empire, la liberté de culte.

Ce fut seulement après la mort du Grand Khan que les lamas missionnaires réussiront à convertir les tribus mongoles au bouddhisme. Un processus qui s’étendra sur quatre siècles. Il faut aussi faire remarquer que cela ne fut pas vrai pour tous les Mongols. En effet, un grand nombre d'entre eux adopteront la foi islamique.

En 1244, Sakya Panditaest invité à la cour de Godän Khan, frère de Güyük Khan. Il se trouve au début du projet de conversion, qui amena finalement toute la Mongolie du Nord sous l’influence bouddhiste.

Le grand abbé, déjà très avancé en âge, convainquit les Mongols du pouvoir de sa religion en guérissant le fils d’Ugadaï d’une grave maladie. Les archives célèbrent leur conversion consécutive comme un triomphe de la civilisation sur la barbarie.


En Chine, une grande concurence se jouait entre Taoïstes et bouddhistes.

Il faut dire que l'imbroglio religieux n'était pas simple en Asie centrale et en Extrême-Orient. En effet, le taoïsme, le confucianisme, le christianisme (nestorien et autres), l'islam et le bouddhisme se faisaient une 'guerre' de propagande, essayant de devenir la religion officielle des nouveaux conquérants.

Vers 1258, Möngke Khan favorisa la religion bouddhiste. Il semblerai qu'il se convertira également à celle-ci.

Certains historiens émettent même l'audacieuse théorie que la campagne de Syrie et la prise de Bagdad (1258) par Hulegu Khan fut , en partie, organisée par le clergé bouddhiste qui désirait évincer les musulmans.


Quelques 20 ans plus tard (1279) eut lieu une rencontre entre Drogön Tchögyal Phagpa (neveu de Sakya Pandita) et Koubilaï Khan (conquérant mongol de la Chine et fondateur de la dynastie Yuan). Lors de ces entrevues, des thèmes concernant la situation politique du Tibet furent aussi discutés.

Drogön Tchögyal Phagpa réussit à persuader l’Empereur de lui décerner le titre de “Roi de la Grande et Précieuse Loi” et donc une part d’autorité terrestre sur le Tibet pas encore unifié. En retour, le lama initia l’Empereur au Hevajra Tantra.


Trois cent ans plus tard (en 1578), l’abbé Gelugpa, Gyalwa Sonam Gyatso, rencontra Althan Khan et reçut de lui le nom fatidique de “Dalaï-lama”. A l’époque il était seulement le souverain spirituel et à son tour il donna au prince mongol le titre de ‘Souverain du Monde aux Mille Roues d’Or’.

A partir de 1637, la coopération entre le “Grand Cinquième”et Gushri Khan commença.

Au début du XVIIIème siècle au plus tard, la bouddhisation de la Mongolie était terminée. Ayant évincé, non sans mal, la branche de l'église rouge, le pays se trouvait fermement dans les mains de l’Eglise Jaune.

C'est elle que nous connaissons aujourd'hui.
Qüyildar, Chaman de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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