Message 28 Nov 2009, 19:24

Les Funérailles des Rois.

Les Funérailles des Rois.

Hérodote est né vers 484 ou 482 av. J-C à Halicarnasse (une colonie grecque située sur le territoire des Cariens et actuellement Bodrum en Turquie). Il est mort vers 425 av. J.-C. à Thourioi.

Surnommé le « père de l'Histoire » par Cicéron, il est en outre considéré comme l'un des premiers explorateurs, journaliste et historien.

Voici comment il décrit des coutumes des Scythes lors des funérailles d'un grand roi.


Les tombeaux de leurs rois sont dans le pays des Gerrhes, où le Borysthène commence à être navigable.

Quand le roi vient à mourir, ils font en cet endroit une grande fosse carrée. Cette fosse achevée, ils enduisent le corps de cire, lui fendent le ventre, et, après ravoir nettoyé et rempli de souchet broyé, de parfums, de graine d'ache et d'anis, ils le recousent.

On porte ensuite le corps sur un char dans une autre province, dont les habitants se coupent, comme les Scythes royaux, un peu de l'oreille, se rasent les cheveux autour de la tête, se font des incisions aux bras, se déchirent le front et le nez, et se passent des flèches à travers la main gauche.

De là on porte le corps du roi sur un char dans une autre province de ses États, et les habitants de celle où il a été porté d'abord suivent le convoi. Quand on lui a fait parcourir toutes les provinces et toutes les nations soumises à son obéissance, il arrive dans le pays des Gerrhes, à l'extrémité de la Scythie, et on le place dans le lieu de sa sépulture, sur un lit de verdure et de feuilles entassées.

On plante ensuite autour du corps des piques, et. on pose par-dessus des pièces de bois, qu'on couvre de branches de saule. On met clans l'espace vide de cette fosse une des concubines du roi, qu'on a étranglée auparavant, son échanson, son cuisinier, son écuyer, son ministre, un de ses serviteurs, des chevaux ; en un mot, les prémices du reste de toutes les choses à son usage, et des coupes d'or : ils ne connaissent en effet ni l'argent ni le cuivre.

Cela fait, ils remplissent la fosse de terre, et travaillent tous, à l'envi l'un de l'autre, à élever sur le lieu de sa sépulture un tertre très haut.

L'année révolue, ils prennent, parmi le reste des serviteurs du roi, ceux qui lui étaient les plus utiles.

Ces serviteurs sont tous Scythes de nation, le roi n'ayant point d'esclaves achetés à prix d'argent, et se faisant servir par ceux de ses sujets à qui il l'ordonne. Ils étranglent une cinquantaine de ces serviteurs, avec un pareil nombre de ses plus beaux chevaux.

Ils leur ôtent les entrailles, leur nettoient le ventre, et, après l'avoir rempli de paille, ils le recousent. Ils posent sur deux pièces de bois un demi-cercle renversé, puis un autre demi-cercle sur deux autres pièces de bois, et plusieurs autres ainsi de suite, qu'ils attachent de la même manière.

Ils élèvent ensuite sur ces demi-cercles les chevaux, après leur avoir fait passer des pieux dans toute leur longueur jusqu'au cou : les premiers demi-cercles soutiennent les épaules des chevaux, et les autres les flancs et la croupe ; de sorte que les jambes n'étant point appuyées restent suspendues.

Ils leur mettent ensuite un mors et une bride, tirent la bride en avant, et l'attachent à un pieu. Cela fait, ils prennent les cinquante jeunes gens qu'ils ont étranglés, les placent chacun sur un cheval, après leur avoir fait passer, le long de l'épine du dos jusqu'au cou, une perche dont l'extrémité inférieure s'emboîte dans le pieu qui traverse le cheval. Enfin, lorsqu'ils ont arrangé ces cinquante cavaliers autour du tombeau, ils se retirent.


Source du texte traduit : Cliquez ici

L'extrait, ci-dessus est tiré de l'ouvrage "Les Histoires" ou l'Enquête. Il est l'œuvre unique connue d' Hérodote. C'est l'un des plus longs et des plus anciens textes en prose de l'Antiquité.

Le texte a probablement été rédigé vers 445 av. J-C, où la tradition de la philosophie antique mentionne qu'Hérodote fit une lecture publique de son travail à Athènes, pour lequel il reçut une récompense officielle. Cependant, on peut affirmer que la composition de ce texte s'étala sur plusieurs années, du fait des longs voyages nécessaires à l'époque pour concrétiser un tel témoignage et de la complexité du propos.


Les informations que nous donne Hérodote sur les Scythes ont été en partie confirmées grâce aux fouilles effectuées sur le kourgane de Pazyryk.

voir aussi les articles :

- les kourganes
- Rites funéraires et ‘Morts d’accompagnements’
Che Khan, votre humble serviteur
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