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Les Mongols au Japon.


Récits de batailles gagnées (ou perdues) par les Mongols

Modérateurs: Che Khan, Alokhan, Nagaï Mergen, Arkhaï Khasar, Taidju Ba'adur

Message 26 Fév 2009, 14:05

Les Mongols au Japon.

Les Mongols au Japon


En ce treizième siècle finissant, l’empire Mongol, le plus vaste qui ait jamais été, est à l’apogée de sa puissance, s’étendant des rivages de la Mer de Chine aux confins de l’Europe orientale.
Au Sud, les vassaux de la maison de Gengis Khan règnent sur Bagdad et le sultanat Turc d’Asie Mineure, tandis que le petit-fils de l’insatiable conquérant étend son bras jusqu’aux royaumes de la péninsule Indochinoise.

Pour la première fois dans l’histoire millénaire de l’Empire du Milieu, les peuples nomades de la steppe asiatique sont parvenus à soumettre l’intégralité de la Chine.
Au témoignage de l’illustre marchant vénitien Marco Polo, Khubilaï Khan, qu’il nomme « le grand sire », est « le plus puissant homme de gens, de terres et de trésors qui fut jamais au monde, du temps d’Adam jusqu’à aujourd’hui ».

Mariant la tradition impériale chinoise aux prétentions mongoles à l’hégémonie universelle, le Grand-Khan réclame l’hommage du Japon en 1263.
Le colonel Farale (1) précise que le fondateur de la dynastie Yuan entend du reste mettre un terme aux raids des wako, les pirates japonais, sur les côtes sino-coréennes. Par deux fois, le régent Hôjô Tokimune, qui parle au nom de l’empereur comme du shogun, oppose aux émissaires de Khoubilaï une fin de non-recevoir. Fidèles à la stratégie qui leur a valu tant de victoires écrasantes, les Mongols entreprennent une reconnaissance en force, en guise de coup de semonce.

En 1274, une escadre appareille, et investit l’Île de Tsushima, dont les envahisseurs chassent la modeste garnison nippone. Le 19 Novembre 1274, la flotte mongole de 900 bateaux et 44.000 soldats et marins débarque bientôt dans la baie de Hakata, sur la côte septentrionale de Kyushu.
Le corps expéditionnaire est composé aux trois quarts de supplétifs coréens et chinois peu suspects de zèle.

Dans un premier temps, les troupes de Khoubilaï sèment la terreur dans les rangs des samouraïs, qui essuient de lourdes pertes sous la grêle de flèches acérées et les projectiles explosifs à base de poudre noire déversés par les trébuchets embarqués sur les navires.

Les guerriers Nippons, qui se font un devoir de décliner leur pedigree préalablement aux combats singuliers, se heurtent à la formidable expérience militaire des Mongols.
Selon Stephen Turnbull (2), ces derniers établissent une tête de pont après avoir repoussé les défenseurs à l’intérieur des terres. C’est au terme de ce succès prometteur que les envahisseurs commettent une erreur lourde de conséquences : Au crépuscule, plutôt que de camper sur la rive, ils regagnent leur flotte, se plaçant à la merci de la tempête qui se lève.

René Grousset (3) loue au contraire la vaillance des combattants japonais, qui auraient forcé l’ennemi à rembarquer au prix d’une résistance acharnée. L’issue demeure identique et incontestée : le furieux typhon fracasse les embarcations et envoie par le fond une bonne part de l’escadre, sonnant le repli. Les quelques survivants abandonnés à leur sort sont massacrés par les samouraïs victorieux.

Le Grand-Khan n’a cependant pas dit son dernier mot. La défaite finale des Song en Chine du Sud lui livre leur flotte nombreuse.

En 1281, deux immenses armadas, que les chroniques prétendent fortes en tout de près d’un millier et demi de bateaux, prennent la mer, emportant à leur bord 45 000 mongols et 120 000 auxiliaires sous le commandement du général Arakhan.
Dans l’intervalle, le régent Hôjô a pris des dispositions visant à prémunir l’archipel d’une nouvelle invasion. Les plages les plus vulnérables sont désormais ceintes d’un rempart de pierres adossé à un remblais, le genkôrobi, tandis que les gouverneurs des provinces littorales sont tenus de parer à toute éventualité.

Cette fois, l’envahisseur est attendu de pied ferme. Les retards et conditions climatiques interdisent aux deux contingents d’opérer la jonction initialement prévue avant l’assaut.
C’est donc en ordre dispersé que les Mongols et leurs alliés touchent terre, à Hakata de nouveau ainsi qu’en plusieurs autres lieux des côtes de Kyushu, tous le théâtre d’escarmouches sanglantes.
Les samouraïs, qui ont tiré les enseignements de la précédente tentative, s’efforcent d’empêcher le débarquement en masse des assaillants.

Depuis leurs frêles esquifs, les guerriers japonais se ruent à l’attaque des jonques ventrues, engageant ici des féroces corps à corps, encourageant là une mutinerie des équipages coréens ou chinois.

La nuit venue, ils projettent des brûlots contre les navires ennemis, que les Mongols ont eu le tort d’arrimer à l’aide de lourdes chaînes, favorisant ainsi la propagation de l’incendie.

Les envahisseurs sont bientôt contraints de gagner l’îlot de Shima, relié au rivage par un isthme étroit où la bataille fait rage.
De toute part, les combattants nippons luttent sans merci, rivalisant de bravoure et de ruse, comme en témoigne le fait d’armes d’un certain Kono Michiari, qui réussit l’exploit de capturer un capitaine mongol leurré par une feinte reddition, après avoir abordé son vaisseau.

Au soir du 15 août, un second typhon frappe les côtes Nord de l’archipel. Durant deux jours, les vents en furie dévastent les escadres mongoles mouillées dans les baies. Le célèbre Kamikaze, dont se réclameront bien des siècles plus tard les pilotes suicidaires de la Seconde Guerre Mondiale ; le « Vent des dieux » appelé de leurs vœux par tous les
temples du pays, s’est levé pour abattre les téméraires envahisseurs.

Le déluge s’achève sur une véritable hécatombe dans les rangs du corps expéditionnaire, dont le gros des forces est resté agglutiné sur le pont des bâtiments, lesquels sont fréquemment des embarcations à faible tyran d’eau vouées au commerce fluvial, que la forte houle fait chavirer sans peine.

Aux dires de Turnbull, un tiers des Coréens, mais surtout plus des deux tiers des combattants Chinois et Mongols périssent dans la catastrophe. La flotte est anéantie. Les rares navires encore en état de naviguer se hâtent de faire voile vers le continent, laissant derrière eux des milliers de guerriers que les samouraïs passent par les armes, n’épargnant que les Chinois, au nom de la vieille amitié unissant les deux peuples. Khoubilaï Khan renonce définitivement à la conquête du Japon.

Sources :

(1) De Gengis Khan à Qoubilaï Khan, Dominique Farale, Economica, 2006
(2) Genghis Khan & the Mongol Conquests, 1190-1400, Stephen Turnbull, Osprey
Publishing, 2003
(3) L’empire des steppes, René Grousset, Bibliothèque historique Payot, 1965
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Message 29 Juin 2012, 13:22

Le Sabre et le Typhon

Ujisato, sous son vrai nom, Julien Peltier est l'auteur d'un ouvrage, sorti en Avril 2012 et consacré aux Mongols à l'assaut du Japon.

- Le Sabre et le Typhon - Edition Economica / collection : Guerres et Guerriers / Julien Peltier.

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Message 13 Déc 2014, 14:44

Les Mongols au Japon.

Courrier de Khubilaï Khan

Traduit et retranscrit en entier voici le texte d'une lettre de Khubilaï khan adressée au « Roi du Japon » en 1268 :


"L’Empereur des Grands Mongols, représentant du Ciel, présente respectueusement une lettre au Roi des japonais.

Depuis des temps immémoriaux les dirigeants des petits états dont les frontières sont communes [avec les grands états] se sont toujours engagés à maintenir de bonnes relations et ont manifesté confiance et respect mutuel.

De notre côté, nous, qui depuis le temps de nos pères avons reçu le mandat céleste, dirigeons l’univers.

D’innombrables gens des terres lointaines ont appris à craindre notre pouvoir et ont désiré notre gouvernement vertueux.

Quand nous sommes montés sur le trône, le peuple innocent et sans espoir de la Corée souffrait depuis longtemps d’affrontements militaires.
Nous avons par conséquent ordonné la fin des hostilités, rendu leur terre et libéré les prisonniers coréens, jeunes et vieux.

Par gratitude, les dirigeants et le peuple de Corée se présentent maintenant à notre cour. Bien que la relation légale entre nous-mêmes et les coréens soit celle qui existe entre souverain et sujets, dans notre cœur c’est en fait celle qui prévaut entre père et ses enfants. Nous partons du principe que votre majesté et ses sujets connaissent cela également.

La Corée est notre état vassal de l’est devant tribut. Le Japon est situé près de la Corée, et depuis sa fondation a établi des relations avec l’Empire du Milieu. Cependant, depuis notre accession au trône vous n’avez pas présenté d’envoyé à notre cour, ni n’avez indiqué votre désir d’établir des relations amicales avec nous.

Nous craignons que la raison soit que vous n’ayez pas été bien informé de cela. Par conséquent nous vous présentons un envoyé spécial, porteur de nos papiers d’état afin de vous informer de notre désir.

Nous espérons qu’ainsi vous établirez des relations amicales avec nous, et que nos deux peuples seront en paix et en harmonie. De plus, les sages considèrent que l’univers entier ne forme qu’une seule famille.

Toutefois, si nous ne devions pas établir de relations amicales l’un avec l’autre, comment pourrions-nous être en accord avec la doctrine de la famille unifiée ? Qui se soucierait alors d’un appel aux armes ?

Je laisse cela à la considération attentive de votre majesté" .
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Message 04 Juin 2015, 23:32

Les Mongols au Japon.

Le “Moko Shurai Ekotoba”

Le “Moko Shurai Ekotoba”, parfois traduit en “Histoire des invasions mongoles” ou “Dit et Images des invasions mongoles” forment un emaki japonais (sous forme de rouleaux illustrés) datant de la fin du XIIIe siècle.

TAKEZAKI Suenaga était un samouraï de rang inférieur à Kyushu.

Afin de narrer au shogun ses exploits lors des deux grandes invasions et obtenir les honneurs qui lui seraient dus, il fait réaliser deux rouleaux illustrés.

Trois phases, aux quelles il participe, y sont présentées :

- La victoire des Japonais en 1274 à Hakata (Kyu-shu-), où Takezaki Suenaga s’illustre par une charge aussi vaillante que vaine.

- Son périple à Kamakura pour rapporter ses exploits durant la première invasion au shogunat.

- Sa participation héroïque lors d’une bataille navale en 1281, où on le voit aborder les navires de guerre mongols.

Son courage et son initiative dans la défense contre les envahisseurs a été récompensé par un fief féodal à Kumamoto.

C’est pour montrer sa gratitude pour les bénédictions des dieux shintoïstes, qu’il commande une série de deux rouleaux de peinture par des artistes locaux. Il dédie oeuvre au sanctuaire shintoïste Kosa Daimyojin près de sa ville natale de Kyushu.

Aujourd'hui, cette série de deux rouleaux est conservée dans le Musée des collections impériales (Sannomaru Shozokan) à Tokyo.

Si le récit se concentre sur les faits d’armes de Takezaki Suenaga et non sur la guerre dans son ensemble, il recèle de nombreux renseignements sur l’équipement, l’armement mais surtout sur la flotte des armées mongoles de cette époque.

Ci-dessous, on peut observer, un samouraïs à cheval (sans doute Takezaki Suenaga) attaquer à l'arc plusieurs fantassins de l'armée mongole (sans doute, des auxiliaires chinois ou coréens).
Petit détail, à droite de l'archer à pieds le plus proche du cavalier, on peut visualiser une grenade qui explose.

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Article annexe : La Marine chez les Yuan (Mongols de Chine).
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