Message 01 Nov 2015, 12:01

La Bataille d'Elbistan, 18 avril 1277

La Bataille d'Elbistan, 18 avril 1277

Avant-propos :

La bataille d'Elbistan est une bataille qui voit s'affronter les Mongols Il-Khanides et leur alliés Türks Seldjoukides de Roum contre les Mamelouks d’Égypte du 15 au 18 avril 1277.

C’est une défaite pour les Mongols et la fin de leur domination sur l’Anatolie.


Contexte Général :

Les Mongols ont pris possession de l’Anatolie aux dépens des Türks Seldjoukides de Roum après la victoire de Baïdju à la bataille de Köse Dağ en juin 1243.

L’Anatolie est dominée par de multiples souverains locaux qui se déclarent plus ou moins vassaux des Mongols, c’est l’époque des beylicats (petits émirats türks dirigés par un bey).

Mais certains de ces souverains musulmans cherchent l’alliance avec la grande puissance musulmane de l'époque : l’Égypte mamelouke.

Depuis la cuisante défaite des Mongols à Aïn Djalout en 1260 contre Baïbars, ceux-ci n’apparaissent plus comme invincibles et Baïbars a déjà fait plusieurs incursions en Cilicie, ravageant le royaume arménien de Cilicie, fidèle allié des Mongols.

En 1265, le sultan de Roum, Mu`in ad-Dîn Suleyman dit « Pervâne » se constitue une petite principauté personnelle en conquérant Sinope. Sans doute à son instigation, le sultan seldjoukide de Roum, Kılıç Arslan, est assassiné.

Mu`in ad-Dîn Suleyman est tenté de placer son fils de trois ans sur le trône des sultans. Il préfère épouser la veuve de Kılıç Arslan et exercer les fonctions de régent auprès du jeune Ghiyâth ad-Dîn Kay Khusraw qu’il nomme sultan et qui a moins de trois ans.
Mu`in ad-Dîn Suleyman semble aussi avoir noué des relations secrètes avec Baïbars qu’il invite sans doute à délivrer le pays de la tutelle mongole.

Du côté mongol, Abaga Khan qui est trop occupé par les incursions de ses 'cousins' djaghataïdes au nord-est de ses territoires, néglige un peu les affaires d'Anatolie.

En 1275, Baïbars pille les principales villes du royaume arménien de Cilicie : Sis (Kozan), Adana, Tarse, Lajazzo (Yumurtalık).

La bataille :


Baïbars part du Caire à la tête de son armée. Il arrive à Alep en trente-huit jours. Il envoie un détachement sur les rives de l’Euphrate avec la mission d‘empêcher les troupes mongoles de le franchir. D’Alep, le sultan passe à Aïntab (Gaziantep).

Il envoie; en avant-garde; le général Sunqur al-Achqar qui doit affronter un corps de 3000 mongols qu’il met en déroute.

Baïbars se dirige vers les rives du Ceyhan où s’était concentrée l’armée mongole avec des troupes du sultanat de Roum. Il trouve l’armée mongole rangée en ordre de bataille dans la plaine d’Elbistan.

La cavalerie mongole est formée de onze corps de mille hommes.
Les troupes turques commandées par Mu`in ad-Dîn Suleyman sont séparées des troupes mongoles.
À ces deux groupes s‘ajoute une troupe de 3000 Géorgiens.

La bataille débute le 16 avril 1277 par temps froid.

L’aile gauche mongole charge le centre de l’armée mamelouke où se trouve l’étendard du sultan et le repousse vers l’aile droite.

L’aile gauche des égyptiens est aussi bousculée. Baïbars, qui garde son sang froid, envoie du soutien à son aile droite qui parvient à se reprendre, puis il charge sur toute la ligne.

Les Mongols mettent pied à terre pour pouvoir mieux viser les adversaires avec leurs arcs mais ne peuvent cependant pas résister à l’avance générale de l’armée mamelouke.

L’armée mongole part en déroute et les Mamelouks exterminent les fuyards.

Les Géorgiens laissent deux milles hommes sur le champ de bataille.

Mu`in ad-Dîn Suleyman réussi à prendre la fuite

Baïbars installe son camp sur le champ de bataille et fait tuer tous les prisonniers mongols, il épargne quelques officiers et épargne aussi les Türks du sultanat de Roum tout en leur faisant le reproche d’avoir combattu aux côtés des infidèles.

Baïbars fait enterrer la plupart des Mamelouks tombés pendant le combat afin qu’on puisse croire qu’il y a eu peu de victimes égyptiennes pendant la bataille. Il fait également enterrer les soldats türks mais laisse les cadavres des Mongols sur place.

Parmi les prisonniers se trouvent le fils de Mu`in ad-Dîn Suleyman et sa mère. Sunqur al-Achqar reçoit l’ordre de les ramener à Kayseri et de les remettre aux magistrats de la ville afin de rassurer la population sur ces intentions.

Après la bataille :

Baïbars part vers Kayseri et traverse des régions dévastées.
Il reçoit l’allégeance de trois commandants de places fortes.

Baïbars est accueilli favorablement par la population de Kayseri.

Au palais, Baïbars reçoit tous les notables de la ville, il fait distribuer à ses officiers les richesses laissées par Mu`in ad-Dîn Suleyman.

Il attend que Mu`in ad-Dîn Suleyman le rejoigne, mais ce dernier, ayant perdu confiance, s'est réfugié dans la ville de Tokat avec le jeune sultan seldjoukide.


Prudent, il envoie, néanmoins, de Tokat un message de félicitations à Baïbars

Baïbars lui répond et lui confirme sa demande de venir à Kayseri pour y prendre le gouvernement de l’Anatolie. Mu`in ad-Dîn Suleyman demande un délai de réflexion de deux semaines, mais Baïbars part de Kayseri le 28 avril.

Mu`in ad-Dîn Suleyman décide alors de rejoindre Abaga Khan.


Par sa victoire, Baïbars espérait être soutenu par les princes musulmans, mais ceux-ci restent sur la réserve craignant la vengeance d’Abaga. Baïbars fait tuer des chrétiens en particulier des Arméniens

Pendant son séjour à Kayseri, Baybars reçoit la visite d’un karamanide qui lui demande des lettres d’investiture pour lui et ses frères.

Le bey karamanides Shams al-Dîn Muhammad Ier essaie de prendre Konya à la tête de 3000 cavaliers. La ville lui ferme ses portes. Shams al-Dîn Muhammad arbore alors les étendards de Baïbars que son frère lui a envoyé. Il prend la ville puis la citadelle (fin mai 1277).

À la nouvelle de cette défaite, Abaga Khan comprend enfin qu'il risque de perdre l'Anatolie aux profit des Mamelouks et accourt en Anatolie (juillet 1277).
À Konya, Shams al-Dîn Muhammad apprend l’arrivée d’Abaga en Anatolie, il quitte la ville avec ses Turcomans pour se retirer dans ses montagnes après avoir été maître de cette capitale pendant trente sept jours.

La réaction d’Abaga Khan :

Abaga Khan part de Tabriz dans le courant du mois de juillet. Il suit les traces de Baïbars et verse des larmes à l'aspect du champ de bataille d’Elbistan couvert de cadavres mongols et voit avec surprise le petit nombre des morts seldjoukides et égyptiens.

Dans sa colère il fait exécuter plusieurs généraux seldjoukides qu’il considère comme les premiers auteurs de ce désastre.

Il reproche à Mu`in ad-Dîn Suleyman qui l’accompagne de ne l’avoir pas informé plus exactement de la force de l'armée égyptienne.

Le Khan ayant examiné le champ de bataille dit que l’armée qu’il avait avec lui était moins nombreuse que celle de l’ennemi et cependant il avait trente mille hommes. Ses troupes se répandent sur son ordre dans le pays entre d’Erzurum jusqu’à Kayseri qu’elles mettent à feu et à sang.

En une semaine deux cent mille personnes sont tuées, mais les chrétiens sont épargnés.

De retour dans sa résidence d’été à Alatag, Abaqa Khan traduit Mu`in ad-Dîn Suleyman devant un conseil de généraux qui le jugent coupable d’avoir fui devant l’ennemi, d’avoir trop tardé à informer Abaga de l’invasion des mamelouks et de ne pas s’être rendu immédiatement auprès d’Abaga Kan après la défaite.

Mu`in ad-Dîn Suleyman est condamné à mort et exécuté à Alatag le 23 juillet 12788. Abaga Khan le fait couper en deux et ordonne que dans tous les mets qu’on lui servira, on y mette un peu de chair de Mu`in ad-Dîn Suleyman.
Che Khan, votre humble serviteur
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