Message 29 Sep 2005, 21:02

Jacques Coeur, Portrait d’un marchand

Jacque Coeur, Portrait d’un marchand


Voici le portrait d’un marchand ayant fait fortune dans le commerce de tissus, fourrures et tapis qu’il importait d’Orient et d’Asie centrale.

Plusieurs séries d’articles écrit par Roger Vidal consacré à ce marchand extraordinaire on été publié dans la revue ‘Moyen Age” ( N° 27,28 et 29).


Jacques Cœur est né à Bourges en 1400 dans une maison proche de l'église Saint-Pierre-le-Marché, rue de la Parerie, où son père exerçait la profession de marchand pelletier.
Jacques Cœur va devenir un commerçant à une échelle beaucoup plus ample que ses concurrents français de l'époque.

Il rêve sans doute de rivaliser avec les Médicis de Florence ou les marchands de Gênes ou de Venise. Son premier voyage dans les pays du Levant se déroule en 1432, on ne sait pas ce qu'il a ramené, sinon une stratégie d'approche de ce commerce. Le retour sera délicat, il fera naufrage au large de Calvi, fait prisonnier, et rendu contre une rançon assez faible, ce qui signifie qu'à cette époque il n'était pas considéré comme un personnage important.

Il fait alors construire des navires sur le modèle des bateaux génois, après en avoir copié un qu'il avait acheté (ce qui lui vaudra quelques ennuis).
Marchand mais aussi banquier, armateur, industriel, maître de mines dans le Forez, il est le contemporain de Jeanne d'Arc qui habitera Bourges en 1429, et de Gilles de Rais Il est aussi le confident d'Agnès Sorel. Ne dit-on pas que Perrette, la fille de Jacques Cœur accueillait dans son château, les amours de Charles VII et de la belle Agnès.

Il conçoit des routes, installe des comptoirs pour faire " commerce avec les infidèles ", créa une flotte de navires, ses galées, et le négoce avec le Levant devint plus que prospère.
C’est un " manager " d'une grande modernité, à la fois Receveur des taxes sur le sel, Commissaire aux Etats du Languedoc, maître des Monnaies et Argentier du Roi, il tisse un réseau commercial de toute première importance, avec Montpellier, puis Lyon, Avignon, Limoges, Rouen et Paris. Il vends et achète du tissus et des tapis. Les fameux tapis d’Orient.

Les fournisseurs de Jacques Coeur sont très certainement des marchands vivant dans l’empire Mamelouk mais aussi dans l’empire Ottoman, chez les peuples Turkmènes de Turquie de l’est et également dans ce qui reste de l’empire Timouride.

Mais, la fortune du grand argentier ne serait pas due totalement à la vente de tissus ou de fourrures aux nobles de la cour, ni dans la fabrication de l'or à partir de métaux vils comme cela se murmurait dans les milieux alchimistes.

L’explication est sans doute plus simple et plus rentable. Il "“jouait” des différences de cours de l'Or et de l'Argent, entre l'Occident et le Levant.
A partir de 1447, Jacques Coeur se lie d’amitié avec le Pape et se constitue un énorme domaine et commence la construction de sa "grande maison" à Bourges.

En 1449 et 1450, il prête beaucoup d'argent au roi Charles VII pour qu'il finance ses guerres.
Alors que tout va bien, Jacques Cœur est arrêté sur l'ordre du roi Charles VII le 31 juillet 1451 au château de Taillebourg. Il est emprisonné pour une dizaine de motifs plus ou moins sérieux (une de ses motifs est justement : trafic d’armes avec les infidèles Turks ).

En fait, il a fait beaucoup de jaloux, et ne dit-on pas cette formule qui ne devait pas faire très plaisir à Charles VII : " Le Roi fait ce qu'il peut, Jacques Cœur fait ce qu'il veut ". Il était devenu l'égal des " grands " du royaume, paradant à Rouen en 1449 avec le roi et les hauts dignitaires !
Les accusations et les procès de l'époque sont caractéristiques : on ne badine pas avec les aveux.

Torturé et soumis à la question il avoue tout ce que veulent ses détracteurs, et il est condamné à mort le 23 mai 1453.

Il va finir sa vie aventureuse comme dans un roman de cape et d'épée.

Il s'évade de sa prison de Poitiers, avec l'aide de ses amis, et par le canal des couvents dont celui de Beaucaire, il rejoint Rome et le Pape, affrète une flotte au nom de son illustre hôte, et s'en va combattre les infidèles. Il meurt le 25 novembre 1456 sur l'île de Chio, sans doute lors d'un combat naval avec les Turcs.

Son corps sera enterré dans le couvent des Cordeliers, et les restes seront dispersés par un tremblement de terre pour les uns, par des pillages et destructions des infidèles pour les autres.
Dame Annick, Aide de Camp de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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