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Cavaliers Bachkirs, Kalmoucks et Kirghiz au 19ème siècle


Tout est dans le titre.

Modérateurs: Che Khan, Alokhan, Khatchi Qan

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Localisation: Brabant Wallon

Message 10 Mai 2011, 22:24

Cavaliers Bachkirs, Kalmoucks et Kirghiz au 19ème siècle

Cavaliers Bachkirs, Kalmoucks et Kirghiz au 19ème siècle

Déjà évoqué dans l’article consacré aux Bachkirs, je vous avait parlé de ses cavaliers archers qui, pendant la “Campagne de Russie” de 1812, avaient servis de cavalerie irrégulière aux armées russes.

Je trouvais donc assez intéressant de développer cette information.

Ainsi, vous trouverez ci-dessous, les témoignages de plusieurs militaires français, décrivant ses troupes de cavaliers nomades, engagés dans une guerre dans laquelle ils étaient militairement dépassés et un peu anachronique.

Vous observerez que les commentaires sont rarement flatteur mais, sans aucun doute, également, peu objectif.

Certaines descriptions sont, néanmoins, forts intéressantes. Le plus surprenant étant de trouver des descriptions relativement proches de celles que nous avions pour le XIIIème, XIVème et XVème siècle.

En effet, si nous lisons attentivement tous ses témoignages, nous trouvons des informations concernant différents domaines dans lesquels la similitude est assez frappante.

Citons par exemple :

- Leurs habitudes alimentaires (-> Commentaires du Général Thiébault).
- Leur habilité en archerie (-> Commentaires du Général Thiébault).
- Leurs danses et chants (-> commentaires de Percy).
- Leurs équipements et vêtements


Par contre, là ou nous trouvons une réelle différence, c'est dans l'efficacité de l'archerie face aux troupes régulières. En effet au début de ce 19ème siècle, l'arc et la flèche ne représentaient plus un grand danger face aux fusils et aux canons..

La rubrique “Curiosité” était bien la rubrique parfaite pour ce sujet.

Je vous souhaite une très bonne lecture.
Che Khan, votre humble serviteur
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Message 17 Mai 2011, 13:21

Cavaliers Bachkirs, Kalmoucks et Kirghiz au 19ème siècle

Témoignages divers :


Roustam Raza / serviteur et mamelouk de Napoléon.(Mémoires) :

« Le lendemain, Murat fait dire à l’Empereur que les ennemis étaient en bataille, au-devant de nous, avec cinq et six mille Kalmoucks et Bashkirs, avec leurs flèches. L’Empereur dit : « Ce n’est rien ». Il fait donner ses ordres à une division de cuirassiers qu'il fait mettre leurs manteaux pour cacher leur cuirasse. Les flèches ne mordront pas sur la cuirasse. Et il les fait marcher, sur-le-champ, à l'ennemi, commandés par le prince Murat. Il fait charger et fait disperser de tous les côtés, et poursuivre jusqu'à Tilsitt »


Anne Jean Marie René Savary / Ambassadeur de France auprès du Tsar (Mémoires) :

« L'apparition de ces milices asiatiques, dont quelques-unes étaient armées d'arcs et de flèches, amusa beaucoup nos soldats. « Pour cette fois, disaient-ils, nous allons prendre des cupidons, quoiqu'ils soient bigrement laids. » Ce propos fit beaucoup rire l'empereur. »

Jean-Roch Coignet / Capitaine de la Garde (Cahiers) :

« Nos vaillants cavaliers ne purent atteindre que l’arrière-garde et les traînards ; il y rencontrèrent des Kalmoucks, espèces de sauvages à figure plate, nez épaté, oreilles pendantes, armés de carquois et de flèches. Les gilets de fer tombèrent sur eux comme la foudre et les firent prisonniers ; nous les vîmes ramener de l’autre côté du fleuve, et nous obtînmes la permission de les visiter. C’était un véritable objet de curiosité pour nous. »


Le Général Colbert / 2ème chevau-légers lanciers, dans la Garde impériale (Mémoires) :

« On vit encore quelques Cosaques ; parmi eux étaient des Kalmouks et des Bachkirs ayant des arcs, des flèches, et portant des carquois. Nos soldats s'en amusaient beaucoup, et les appelaient des Cupidons. L'armée française avait atteint la limite extrême de sa course. Avec les carquois et les flèches des Bachkirs apparaissait un autre monde : allions-nous encore y pénétrer? Vingt mois nous avaient bien suffi pour parcourir dans tous les sens la vieille Europe, laissant derrière nous l'Autriche et la Prusse vaincues ; la Russie elle- même allait demander merci. »


Hippolyte d'Espinchal / chef d'escadron chez les Hussards (Souvenirs militaires) :

« Lorsque nous débarquâmes sur les bords du Niémen, nous vîmes écrit sur poteau : « Messieurs les officiers français sont invités à ne pas pénétrer dans le bivouac des Bachkirs, peuple à peu près sauvage, arrivé depuis peu à l’armée. » En effet, le jour où notre avant-garde approchait de Tilsit, elle rencontra cette troupe qui n’avait pour armes que des flèches qu’elle décochait en fuyant, à la manière des Parthes ; aussi, cette manière de combattre excita le rire de nos soldats qui trouvaient de tels adversaires bien
peu redoutables. »



Colonel Michel Combes (Mémoires) :

« Les deux jours suivants, 5 et 6 septembre, nous ne fîmes que très peu de progrès, l'armée russe nous opposant partout la résistance la plus vigoureuse, profitant de toutes les positions propres à l'artillerie pour nous foudroyer, et couvrant sa retraite par une épaisse ligne de tirailleurs composée de Cosaques, de Kalmouks et de Bachkirs.
Ces derniers, armés d'arcs et de flèches dont le sifflement était nouveau pour nous, blessèrent quelques chasseurs. Le col du cheval du capitaine Depénou de mon régiment fut traversé au-dessous de la crinière par une de ces flèches qui avait environ quatre pieds de longueur.
Nous tuâmes en tirailleurs quelques-uns de ces Bachkirs, et jamais je n'ai rien vu d'aussi laid que cette race d'hommes. »



Denis-Charles Parquin / Lieutenant Colonel (Souvenirs de Gloire et d’Amour) :

« Nous avons entamé son arrière-garde, et le régiment a fort peu galamment pointé et sabré les amours de l’armée russe : les bachkirs.
Leurs flèches n’ont pas été meurtrières pour nous, bien qu’elles fussent empoisonnées. Un seul chasseur a été blessé, et n’en est pas mort. »



Louis Constant Wairy / Valet de Chambre de Napoléon (Mémoires / Tilsit) :

« Au nombre des galanteries que l'empereur de Russie fit au nôtre, je citerai un concert exécuté par une troupe de bachkirs, à qui leur souverain fit à cet effet passer le Niémen. Certes, jamais musique plus barbare n'avait résonné aux oreilles de Sa Majesté, et cette étrange harmonie, accompagnée de gestes au moins aussi sauvages, nous procura le spectacle le plus burlesque que l'on puisse imaginer. Quelques jours après ce concert, j'obtins la permission d'aller visiter les musiciens dans leur camp, et j'y allai avec Roustan, qui pouvait me servir d'interprète. Nous eûmes l'avantage d'assister à un repas des bachkirs : autour d'immenses baquets en bois étaient rangées des escouades de dix hommes, chacun tenant à la main un morceau de pain noir qu'il assaisonnait d'une cuillerée d'eau dans laquelle ils avaient délayé quelque chose qui ressemblait à de la terre rouge. Après le repas, ils nous donnèrent le divertissement du tir à l'arc ; Roustan, à qui cet exercice rappelait ceux de son jeune âge, voulut essayer de lancer une flèche ; mais elle tomba à quelques pas, et je vis un sourire de mépris sur les lèvres épaisses de nos bachkirs ; j'essayai l'arc à mon tour, et je m'en acquittai de manière à me faire honneur aux yeux de nos hôtes, qui m'entourèrent à l'instant en me félicitant par leurs gestes de mon adresse et de ma vigueur. Un d'eux, plus enthousiaste et plus amical encore que les autres, m'appliqua sur l'épaule une tape dont je me souvins assez longtemps. »


Le Général Thiébault, major-général de l'armée française. Mémoires / Les accords de Tilsit :

« J'appris que de l'autre côté du Niémen se trouvaient un camp de Cosaques, un camp de Kalmouks et un camp de bachkirs. Je m'informai si quelques généraux français étaient allés les visiter, on me répondit qu'on s'en abstenait ; je demandai si cela était défendu, on me dit qu'il n'existait à cet égard aucun ordre; je pris donc à l'instant une barque et, en redingote bourgeoise et chapeau rond, accompagné seulement de mon secrétaire, je passai le fleuve.
J'avais à peine mis pied à terre qu'un officier vint me demander de la part du général commandant les Cosaques réguliers du Don, campés en face du pavillon des deux empereurs, qui j'étais et ce que je voulais. Je me nommai et je répondis que, par un simple mouvement de curiosité, je désirais visiter le camp des Kalmouks et des bachkirs. Un moment après, cet officier revint, suivi de quatre Cosaques et d'un brigadier, et me dit :
« Mon général, en vous offrant ses compliments, vous fait savoir que vous êtes absolument le maître de faire cette promenade; mais, comme vous pourriez courir quelques risques au milieu de ces hordes à moitié sauvages, il m'a chargé de vous amener une garde d'honneur et de sûreté, et même de vous accompagner. »
Et je partis avec mon escorte et mon espèce d'aide de camp cosaque.
[…]
Les bachkirs sont beaucoup plus blancs que les Kalmouks, leur figure est fine, et leurs yeux obliques leur donnent un petit air de bêtes fauves qui leur sied à merveille. Leur camp, formé de deux rangées de petits auvents ouverts du côté de la rue et bien alignés, était propre et symétrique. Leurs armes, consistant en lances, arcs, flèches et sabres, étaient arrangées en faisceaux ou accrochées à leurs auvents, auxquels leurs chevaux étaient attachés; quelques-uns possédaient des pistolets, mais en mauvais état. Leur accoutrement était à peu de chose près celui des Cosaques irréguliers, mais de couleurs plus claires; la plupart avaient des manteaux, plusieurs des cottes de mailles dont ils étaient assez fiers pour me les montrer; presque tous étaient coiffés d'une calotte enfer garnie d'une pointe. Au centre de la première ligne, un auvent plus grand abritait le chef, en même temps grand prêtre. C'était un bel homme, d'une quarantaine d'années et portant avec une certaine dignité un costume assez noble, qui se composait d'un bonnet et d'une espèce de robe de drap violet, croisée, tenue par un ceinturon et bordée d'un petit liséré en or. Bref, ces bachkirs m'intéressèrent au point que je demandai à mon officier cosaque s'il me serait permis de venir répéter ma promenade ; sur la réponse affirmative, je remis une visite plus complète à un jour où je ne serais pas suivi par un officier.
[…]
Le lendemain et le surlendemain, je recommençai mon excursion. J'avais, au reste, un grand avantage; mon secrétaire Delaveau avait voyagé dans tout l'Empire russe, il était allé au delà du Caucase, dans le pays même des bachkirs ; parlant leur langue, il me servait de truchement. Grâce à cette circonstance, me trouvant en rapport direct avec ce hommes qui m'entouraient toujours, parce que je leur semblais aussi singulier qu'ils l'étaient pour moi, je leur fis demander par Delaveau s'il y en avait parmi eux sachant chanter ; l'un d'eux' se présenta et me chanta un air que de suite je notai sur un calepin ; ce calepin, tout plein des notes et des croquis pris pendant ces courses, a disparu, et c'est un regret ajouté à tant d'autres.
[…]
Après avoir donné un écu au chanteur, j'en promis deux si ces bachkirs exécutaient devant moi des danses; à la voix du chanteur, deux d'entre eux se mirent à sauter en mesure en tournant sur eux-mêmes et en gesticulant de la tête et des bras d'une façon plus ou moins baroque. Je désirais voir comment ils faisaient leurs prières, mais aucun d'eux ne voulut à prix d'argent profaner ce qui tenait à leur culte; tout ce que je sus, c'est qu'au lever et au coucher du soleil, celui qui était à la fois et leur chef et leur prêtre faisait une prière publique, et, pour cette prière, tous ses hommes se réunissaient autour de lui.
Leur nourriture, en temps de guerre je suppose, n'est ni sensuelle, ni variée; ils la préparent eux-mêmes et chacun pour soi. Elle consiste généralement en pâte et en viande. La pâte est faite de farine et d'eau sans levain, et divisée en petites boulettes grosses comme une noix de muscade, mal arrondies, séchées au soleil ; ils ont toujours un ou deux sacs remplis de ces boulettes et pendus à leurs arçons, pour en manger quand la faim se fait sentir. Quant à leur viande, on ne peut pas rappeler sans dégoût la manière dont ils la préparent; ils la mettent à nu sur l'échine de leurs chevaux, la recouvrent d'une couverte, grimpent dessus et la font, non pas cuire, mais meurtrir par une course au galop, pendant une ou deux
lieues ; ainsi chauffée de leur propre chaleur et de celle du cheval dont elle a bu la sueur, ils trouvent à cette viande un goût délicieux. Eh bien, cette vomitique nourriture fait, par bénéfice de frugalité et de sobriété, des hommes forts, agiles, bien portants, propres aux plus grandes fatigues, et qui supportent nuit et jour toutes les températures des saisons.
Je voulus savoir quel était le degré de leur habileté dans le tir de l'arc, et je leur fis demander si, à cent pas, ils seraient de force à toucher un écu de cinq francs, les prévenant que celui qui l'aurait touché l'aurait gagné. À l'extrémité d'une baguette de trois à quatre pieds, on fit une entaille, on y ficha l'écu, puis on planta la baguette en terre à la distance dite. Le second qui tira l'abattit ; je fournis un deuxième écu, il fut gagné du premier coup ; j'en donnai un troisième, et il le fut au troisième ; je m'en tins là.
Delaveau leur demanda de tirer quelques flèches perdues ; elles furent lancées à une hauteur et à une distance étonnantes :
« Mon général, me dit alors Delaveau, permettez-moi d'en tirer une.
-Certes non, lui dis-je, je n'ai nullement envie que vous fassiez rire ces gaillards à nos dépens. -Ne craignez rien, reprit-il, je suis sûr de mon fait. »
Il demanda donc à un des bachkirs de lui laisser essayer de tirer une flèche; ils se prirent tous à rire ; il insista, et, pour deux francs, l'un d'eux lui livra son arc et une flèche. A l'instant mon Delaveau, garçon fort et très agile, mit l'habit bas et, tirant par derrière le dos, lança sa flèche avec une telle vigueur qu'elle disparut. Ces hommes furent confondus, et à notre tour nous rîmes de leur étonnement.
[…]
Comme j'allais quitter ces messieurs [deux officiers russes des chevaliers gardes] et les bachkirs, pour ne pas les revoir, m'étant arrêté un moment pour jeter un dernier regard sur leur camp et sur ceux qui m'avaient suivi, l'un d'eux arriva jusqu'à moi et, en se retirant bien vite, donna un petit coup sur les breloques de ma montre. Je sus par Delaveau qu'il désirait voir ma montre, que je tirai et que j'approchai de lui pour qu'il pût bien l'examiner. Il la regarda avec avidité, et, pendant qu'il penchait son oreille pour mieux entendre le mouvement, je la fis sonner. La surprise fut complète ; sans cesser de porter successivement les yeux de ma montre à moi et de moi à ma montre, il demanda à Delaveau si elle était à vendre.
« Oui, répondis-je.
-Combien?
-Deux cent cinquante sequins. »
A ces mots, sa figure devint furieuse, et il s'en alla, en frappant sur son arc et ses flèches et en disant : «
Voilà avec quoi je la payerai. »
A-t-il jamais satisfait sa convoitise? J'espère que non; car, si le hasard lui en a fourni l'occasion, il a dû, au souvenir de cette montre, viser bien des officiers. »


Colonel Jean Baptiste Antoine Marcellin de Marbot (Mémoires)

« Pendant notre séjour sur le plateau de Pilnitz, les ennemis, surtout les Russes, reçurent de nombreux renforts, dont le principal, conduit par le général Benningsen, ne comptait pas moins de 60 000 hommes et se composait des corps de Doctoroff, de celui de Tolstoï et de la réserve du prince Labanoff. Cette réserve venait d’au-delà de Moscou et comptait dans ses rangs une très grande quantité de Tartares et de Bachkirs, armés seulement d’arcs et de flèches.
Je n’ai jamais compris dans quel but le gouvernement russe amenait d’aussi loin et à grands frais de telles masses de cavaliers irréguliers, qui n’ayant ni sabres, ni lances, ni aucune espèce d’armes à feu, ne pouvaient résister à des troupes réglées et ne servaient qu’à épuiser le pays et à affamer les corps réguliers, les seuls capables de résister à des ennemis européens. Nos soldats ne furent nullement étonnés à la vue de ces Asiatiques à demi sauvages qu’ils surnommaient les Amours, à cause de leurs arcs et de leurs flèches !
Néanmoins, ces nouveaux venus, qui ne connaissaient pas encore les Français, avaient été si exaltés par leurs chefs presque aussi ignorants qu’eux, qu’ils s’attendaient à nous voir fuir à leur approche : il leur tardait donc de nous joindre. Aussi, dès le jour même de leur arrivée devant nos troupes, ils se lancèrent en bandes innombrables sur elles ; mais ayant été reçus partout à coup de fusil ou de mousqueton, les Bachkirs laissèrent un grand nombre de morts sur le terrain.
Ces pertes, loin de calmer leur frénésie, semblèrent les animer encore davantage, car, marchant sans ordre, et tous les passages leur étant bons, ils voltigeaient sans cesse autour de nous comme des essaims de guêpes, se glissaient partout, et il devenait fort difficile de les joindre. Mais aussi, quand nos cavaliers y parvenaient, ils en faisaient d’affreux massacres, nos lances et nos sabres ayant une immense supériorité sur leurs flèches !
[…]
Comme on se disposait à retourner à Pilnitz, nous aperçûmes un millier de Bachkirs qui accouraient vers nous de toute la vitesse de leurs petits chevaux tartares.
L’Empereur, qui n’avait pas encore vu des troupes de ce genre, s’arrêta sur un monticule, en demandant qu’on tâchât de faire quelques prisonniers. Marbot s’acquitta parfaitement de la mission et ramena une trentaine de Bachkirs.
Je les fis conduire auprès de l’Empereur, qui, après les avoir examinés, manifesta l’étonnement que lui faisait éprouver la vue de ces piteux cavaliers, qu’on envoyait, sans autres armes qu’un arc et des flèches, combattre des guerriers européens munis de sabres, de lances, de fusils et de pistolets ! »


Colonel Jean Baptiste Antoine Marcellin de Marbot (Durant la bataille de Leipzig) :

"En un clin d'oeil, les barbares entourèrent à grands cris nos escadrons contre lesquels ils lancèrent des milliers de flèches, qui ne nous causèrent que très peu de pertes, parce que les Baskirs, étant totalement irréguliers, ne savent pas se former en rangs et marchent tumultueusement comme un troupeau de moutons. Il résulte de ce désordre que ces cavaliers ne peuvent tirer horizontalement devant eux sans tuer ou blesser ceux de leurs camarades qui les précèdent. Les Baskirs lancent donc leurs flèches paraboliquement, c'est-à-dire en l'air, en leur faisant décrire une courbe plus ou moins grande, selon qu'ils jugent que l'ennemi est plus ou moins éloigné; mais cette manière de lancer les projectiles ne permettant pas de viser exactement pendant le combat, les neuf dixièmes de flèches s'égarent et le petit nombre de celles qui atteignent les ennemis ayant usé pour s'élever en l'air presque toute la force d'impulsion que la détente de l'arc leur avait communiquée, il ne leur reste plus en tombant que celle de leur propre poids, qui est bien faible; aussi ne font-elles ordinairement que de très fort légères blessures.
Enfin, les Baskirs n'ayant aucune arme, c'est incontestablement la troupe la moins dangereuse qui existe au monde.
Cependant, comme ils arrivaient sur nous par myriades et que plus on tuait de ces guêpes, plus il en survivait, l'immense quantité de flèches dont ils couvraient l'air devait nécessairement, dans le nombre, faire quelques blessures graves; ainsi, un de mes plus braves sous-officiers légionnaire, nommé Meslin, eut le corps traversé par une flèche qui, entrée par la poitrine, lui sortait dans le dos. L'intrépide Meslin, prenant la flèche à deux mains, la cassa et arracha lui-même les deux tronçons de son corps, ce qui ne put le sauver : il succomba peu d'instants après. C'est, je crois, le seul exemple de mort que l'on puisse citer à la suite d'un coup de flèche tirée par un Baskir. Mais j'eux plusieurs hommes et chevaux atteints et fut moi-même blessé par cette arme ridicule.
J'avais le sabre à la main; je donnai des ordres à un officier et j'étendais le bras pour lui indiquer le point vers lequel il devait se diriger, lorsque je sentis mon sabre arrêté par une résistance étrange et j'éprouvai une légère douleur à la cuisse droite, dans laquelle était implantée d'un pouce dans les chairs une flèche de quatre pieds de long dont l'ardeur du combat m'avait empêché de sentir le coup. Je la fis extraire par le docteur Parot et placer dans une des caisses de l'ambulance régimentaire, car je voulais la conserver comme monument curieux; je regrette qu'elle se soit égarée."



Baron Pierre-François Percy (Journal) à Tilsit :

« Après dîner, sur les six heures, nous avons passé le Memel et sommes allés au camp des Kalmoucks et des Tartares Bachkirs. J'ai pensé me trouver mal sur la barque à voile où nous étions montés, le général Thiébault et moi, avec six de nos messieurs ; le fleuve était houleux ; il y avait longtemps que je n'avais été sur l'eau ; enfin, un peu plus, j'avais mal au cœur et c'en était fait de mon dîner.
Ayant mis pied à terre, nous avons rencontré des officiers russes et les avons priés de nous procurer quelqu'un qui nous fasse entrer dans les camps. Ils ont eu la complaisance de nous y accompagner; d'ailleurs ils n'avaient jamais eux-mêmes vu ces espèces de sauvages qui sont à plus de huit cents lieues de Saint-Pétersbourg, la plupart près le Caucase, et ils étaient bien aises de jouir de ce spectacle.
[…]
Plus loin est le camp des Bachkirs. Ici, vous pouvez vous croire transporté dans la Chine ou au Japon, tant pour les costumes que pour les figures, les usages, les habitudes et les inclinations. Le Bachkirs est, en général, d'une belle taille ; il est au moins aussi enfumé que le Kalmouck, sauf quelques exceptions ; il a les yeux tout petits, comme le Chinois ; son nez est plus carré que celui de ses voisins ; ses pommettes sont aussi plus saillantes que chez nous et, en général, il a la bouche enfoncée et les dents très belles. II porte sur sa vilaine face un caractère de bonhomie qui fait plaisir ; il paraît vif, alerte, enjoué, hospitalier et d'un commerce facile; il nous a reçus avec complaisance et s'est prêté à ce qui a pu exciter notre curiosité, excepté quelques individus, qui ont refusé de laisser voir leurs armes et ont répondu avec brusquerie.

C'est la chose du monde la plus plaisante de voir cette peuplade. Nous l’avons trouvée mangeant ou achevant de l'aire cuire son souper, soufflant le feu, butinant autour de la chaudière, ou préparant des aliments absolument inconnus de nous. Les uns pétrissaient dans une petite auge de bois une pâte excessivement grossière pour en faire des galettes de la largeur de là forme d'un chapeau, qu'ils faisaient ensuite cuire à leur foyer, d'abord à plat, ensuite debout et les retournant dans tous les sens : ce pain azyme, qu'aucun de nous ne pourrait manger, leur plaît beaucoup ; ils tiennent ce goût des Asiatiques, ainsi que la plupart de leurs usages. D'autres remuaient avec une cuiller de bois de leur façon une espèce de brouet de farine et de gruau sans graisse ni sel. Ceux-ci préparaient une soupe au fromage, et nous n'avons su que c'en était qu'en portant à notre nez le morceau en apparence d'argile grise que nous voyions découper par petits morceaux. Des Bachkirs couchés sous la hutte, nous voyant attentifs à deviner ce que pouvait être cette masse singulière qu'un de leurs camarades mettait en petits morceaux, lui ont dit de nous la montrer et faire sentir, ce qu'il a fait de très bonne grâce. Ces gens ne mangent qu'une fois par jour et vers les sept heures du soir ; ils sont sobres et vivent à peu près comme les Kalmoucks.

Ils se tiennent accroupis à la manière des Orientaux; leurs habillements sont très variés ; il n'y a point de costume régulier ni uniforme parmi eux ; les uns ont une pelisse ou une redingote à l'européenne ou à la mode des Chinois ; les autres sont couverts d'une mante pareille à celle de quelques sauvages ; ils sont tous en bottes qu'ils se font eux-mêmes, car ils se cousent, s'habillent et s'arrangent entre eux. Ce qu'ils ont de plus frappant est leur bonnet, qui en général est uniforme. Ce bonnet est de poil de renard ; il est énorme ; le tour est découpé en quatre parties, dont l'une couvre le col, deux les joues et la quatrième peut se rabattre sur la figure ; il ressemble en grand aux bonnets de quelques juifs polonais ; quand il est retroussé, il a cette forme. Il paraît qu'ils en ont soin et qu'ils ne le mettent que quand ils sont de service ou en grande tenue ; dans le camp et sous la hutte, ils ont des petits bonnets pointus, comme ceux des Chinois et des Japonais, et chacun a pris la couleur et l'étoffe qui lui ont fait plaisir ou qu'il a pu rencontrer ; il y eu a de drap, de toile peinte, de damas, de velours ; quelques-uns portent une calotte de cuir ou de laine ; d'autres ont un mouchoir autour de la tète ; il n'y en a pas un seul qui n'ait la tête couverte, au lieu que les Kalmoucks l'ont toujours nue. Ils sont d'une pudeur extrême vis-à-vis des étrangers, aux yeux de qui ils ne paraissent jamais nus, ni découverts ; ils s'accroupissent pour uriner et ne se touchent jamais, ce qui les rendrait impurs. Ceci est encore un trait de ressemblance avec les Asiatiques mahométans. Ils sont païens ; nous avons demandé à voir leurs fétiches ; mais ils ont fait semblant de ne pas nous entendre, quoique notre interprète s'expliquât très intelligiblement pour eux.

Chaque camp est une peuplade particulière, ayant son cheik qu'elle respecte et craint. Ce chef est toujours un superbe homme, portant grande barbe, bonnet de velours noir brodé, simarre d'écarlate sans ceinture et un sabre turc, ou persan, ou indien. L'un d'eux a au col un ruban ponceau portant une belle médaille d'or à l'effigie d'Alexandre : nous l'avons salué et il nous a répondu avec dignité ; sous sa hutte était un beau tapis oriental.

Nous avons vu un Bachkirs qui jouait d'une longue flûte, ou plutôt d'un tuyau de fer-blanc fait de deux pièces soudées ensemble et percé de sept trous, dont six en haut et un dessous. Ce tuyau, gros en haut comme l'index et en bas comme le petit doigt, n'a point d'embouchure, ni rien qui ressemble à un sifflet.
Le Bachkirs en place sur sa lèvre inférieure l'extrémité la plus large, ne ferme pas la bouche et joue en remuant les doigts et sans doute en coupant avec le bord du tuyau l'air ou le veut qu'il introduit dans ce singulier instrument ; aussi le son est un stridor qui paraît d'abord âpre et désagréable, mais qu'on trouve ensuite doux et harmonieux. Le musicien souffle plus de deux ou trois minutes de suite sans reprendre haleine et toujours allant en décroissant ; puis il inspire fortement, ce qui produit un son bruyant et monotone, après lequel l'air reprend son train. Cet air est mesuré, cadencé, un peu mélancolique et approchant du ranz des vaches ; il nous a fait grand plaisir.
Un Bachkirs a accompagné de la voix l'instrument de son camarade en faisant une grimace horrible, en contraignant sa respiration et tirant de sa poitrine des sons très analogues à ceux du tuyau ; sa face rougissait et ses jugulaires étaient grosses et variqueuses. Le duo ne manquait pas d'agrément. Nous avons demandé un danseur : un Baskir d'environ trente ans, dont nous avions déjà remarqué la calotte ornée de graines d'Amérique et surmontée d'une pointe d'étain, a été indiqué par ses compagnons ; il s'est fait prier un moment, puis, nous ayant salué en ôtant son bonnet, comme pour nous demander notre indulgence, il s'est mis en danse. La musique a redoublé de force, sans changer d'air, car je crois qu'il n'y en a qu'un parmi ces gens. Le danseur, observant très bien la mesure que nous pouvions battre nous-mêmes, a déployé beaucoup d'adresse et assez de grâce : il a fait des pas difficiles et dont un ressemblait beaucoup à ce que nous appelons le pas de Basque ; il tombait sur une fesse et se relevait sans perdre la mesure ; il gesticulait, faisait des mines, souriait, haussait et abaissait les épaules, faisait des mouvements de hanche, et cela en décrivant presque toujours un cercle. La danse finie, il nous a encore ôté son bonnet en riant, comme un bon garçon ; alors nous lui avons donné, ainsi qu'aux musiciens, quelques pièces d'argent, et la danse a recommencé. Cela m'a fort amusé. Une foule de Baskirs nous environnait : il paraît que les danseurs et les musiciens ne sont pas communs parmi eux.

Les Tartares sont armés d'un arc très fort et d'un carquois rempli de flèches bien faites : le dard de celles-ci est d'acier et a la forme d'un as de pique. Ils se servent adroitement de ces armes : nous eu avons vu plusieurs qui s'exerçaient à tirer et qui avaient pour but deux petits bonnets pointus éloignés l'un de l'autre d'environ cent vingt pas ; souvent ils l'atteignaient. Ils ont aussi un sabre, tel qu'ils ont pu se le procurer ; il en est de beaux, il en est aussi de très misérables ; la plupart sont turcs ou persans. Le carquois, qui est de cuir, a la forme de ceux des Turcs d'autrefois. Il y a parmi eux quelques cottes de mailles très bien faites et des casques d'une forme asiatique ayant des joues et une queue et portant une cravate de mailles. Ces armures sont très anciennes et n'ont point été faites chez ces peuples ; ils les ont eues par le moyen des conquêtes ou du commerce, ou les ont prises dans quelques arsenaux. Quoi qu'il en soit, quand ils sont recouverts, ils ressemblent beaucoup aux anciens Parthes, tels que Le Brun les a représentés dans ses tableaux des batailles d'Alexandre, et je ne suis pas éloigné de croire qu'ils descendent de cette race guerrière.

Quelques officiers russes ont acheté, en notre présence, des cottes de mailles, des arcs et des carquois, car les Bachkirs sont propriétaires de leurs armes et il paraît que leurs chefs ne leur défendent pas de les vendre. Ils aiment l'argent et n'en ont guère, n'étant arrivés que très tard à l'armée et n'ayant pu y faire du butin. L'un d'eux nous a fait demander à acheter une montre, disant qu'il la paierait ce qu'on voudrait. M. Le Vert lui ayant fait voir la sienne en or et à répétition, le drôle l'a tournée et retournée, et, montrant sou arc et une flèche, a fait entendre qu'un jour il en gagnerait une de cette manière ; la montre a été rendue. Cette troupe est à cheval ; sa monture est un petit cheval bien laid, mais que l'on dit excellent; l'équipage en est vraiment baroque.

Les Bachkirs sont tous mahométans, et non idolâtres, comme on nous l'avait dit ; ils habitent dans les environs du Caucase. Les Kalmoucks sont leurs voisins. Plusieurs peuplades sont restées insoumises. Celles-ci leur font une guerre continuelle. »



Dominique-Jean Larrey / Chirurgien en chef de la Grande Armée (Mémoires) :

« Je profitai de la liberté des communications pour visiter l'armée russe. Les Cosaques, et surtout les Kalmouks, excitèrent ma curiosité. Ces derniers étaient armés de carquois et de flèches ; quelques-uns, de javelots ou javelines : ils étaient tellement exercés au maniement de ces armes, qu'ils tuaient d'un coup de flèche un oiseau à une assez grande distance. Nous n'avons eu aucun de nos militaires blessé par cette espèce d'armes. »
Che Khan, votre humble serviteur
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Message 18 Oct 2014, 09:58

Cavaliers Bachkirs, Kalmoucks et Kirghiz au 19ème siècle

Sources iconographiques :

- Cavaliers Bashkir et Kirghiz (1805) :
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- Cavaliers Kalmouk (1805) :

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- Bataille de Friedland, 14 juin 1807 :
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Source : Gravure de Rugendas - Musée de l'Armée à Paris.

En bas, à droite, à l'orée du bois, on voit parfaitement un cavalier archer attaqué par des soldats français. Sans doute un "irrégulier" appartenant au corps de harcèlement du général-lieutenant Platov qui était composé de 6 000 cavaliers dont 17 régiments de cavalerie cosaque.

- Alexandre Ier, Star de Russie présente ses cavaliers cosaques, Kalmoucks et Bachkirs à Napoléon ( Tilsit 1807) :
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Source : tableau de Pierre-Nolasque Bergeret (1782-1863) conservé au château de Versailles.

- "Cosaques" à Hambourg :
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Source : dessin de C Shur - Musée de l'Armée à Paris.

Pendant la "retraite de Russie" les troupes russes poursuivent les Français (et ce, jusqu'à Paris).
On peut observer que les troupes que Shur donne pour des "Cosaques" sont en fait des Bachkirs ou des Kalmoucks.
Leurs tenues et leurs équipement est très proche de ceux du XIVème siècle.


- Étude d'un cheval russe conduit par un baschkir, troupe d'avant garde :
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Source : Dessin de Vernet Horace

A observer, le cavalier porte un casque en métal et non un bonnet de fourrure.
Che Khan, votre humble serviteur
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