Message 15 Oct 2009, 21:05

Orientation et Mesure de l’Espace chez les Peuples Cavaliers

Orientation et Mesure de l’Espace chez les "Peuples Cavaliers".

S’orienter dans la Steppe :

Avec notre vision moderne et sédentaire du monde, il nous est difficile de comprendre comment de ‘simples’ nomades pouvaient s’orienter sans problème dans l’immensité de leurs steppes.
Nous, qui avons des villes avec des rues et des maisons numérotées, nous pourrions douter que ces nomades puisse être aussi bien organisé.

C’est pourtant, pour eux aussi, une nécessité que de structurer leur espace.

En effet, ils leur faut connaître leur territoire et ses frontières afin de ne pas empiéter sur le territoire d’une autre tribu ou d’un autre peuple.
Ils doivent aussi s’orienter avec précision au cour de leur transhumance saisonnière.

Nous avons peu de source à notre disposition qui pourrait nous enseigner les méthodes utilisées par les “Peuples Cavaliers” à travers l’histoire.

Mais il nous reste les méthodes traditionnelles utilisées par les nomades d’aujourd’hui.

Ainsi, chez les Kazakhs et à défaut de rues et de maisons fixes, ce sont les éléments naturels qui servent de repères :

- La place des astres (le soleil, la lune, les étoiles).
- La direction et la taille des ombres.
- La place et l'orientation des collines, montagnes, lacs, cours d’eau.

A ces repères naturels peuvent s' ajouter d'autres repères créés par l'homme, tels que les tombes ou les oboo. (amoncellements de pierre).

très tôt, les enfants apprennent à reconnaître ces repères et ils leur deviennent si familiers, qu'ils finissent par s'orienter de manière aussi sûre et avec autant de facilité que nous avec un plan (ou maintenant un GPS)

Les Points Cardinaux :

Pour désigner les points cardinaux (Nord,Sud , Est et Ouest) les peuples turcophones ont développé une riche symbolique associant à chacun des quatre orients des catégories particulières et notamment, des couleurs.

Noir pour le Nord, Rouge pour le Sud, Vert pour l’Est et Blanc pour l’Ouest.

Cette codification colorée sera d'usage dans toute l'Asie centrale. Ainsi, les "Kara Khitaï", c'est à dire les Khitaï Noir (Kara = noir) signifie les Khitaï du Nord.


L’emploi de ses points cardinaux prévalait sur la notion de gauche ou droite. Ainsi un Mongol parlerait de la rive sud d’une rivière au lieu de la rive gauche.

Dans la vie quotidienne, les points cardinaux prenait une grande importance. Les peuples Turco-Mongol disposaient leur yourte en les orientant toujours de la même manière.

Les Tatares de la Tchoulime, dans la région de Tomsk orientent l'entrée vers l'orient. On l’a trouve orientée à l'Est chez les Türks et vers le Sud chez les Mongols Khalkhas.

De Même, les yourtes en bois des Yakoutes s'ouvrent toujours vers l'Est et l'étable au Nord.

Même si cette orientation traditionnelle n'est généralement plus respectée aujourd'hui, certaines habitudes perdurent néanmoins.


La droite et la gauche sont parfois exprimées par des périphrases poétiques et faisant appel à des paramètre de la vie quotidienne.

Au lieu de parler de "gauche" et de "droite", les Kazakhs disent parfois : "du côté où on monte à cheval" et "du côté où on tient le fouet".
En effet, les cavaliers montent toujours à cheval par la gauche. Ils tiennent les rênes à la main gauche et le fouet à droite.

Attention, droite et gauche sont des notions relatives. Ainsi, pour un Occidental, la partie droite d’une yourte serait celle qui se trouve à droite en entrant (celle qui se trouve à droite pour un observateur placé à l'extérieur) qui regarde la façade.

Par contre, les peuples turco-mongols prennent une autre référence, non plus extérieure, mais intérieure. Ils se mettent à la place de l'objet, et par exemple désignent comme partie droite de la yourte celle qui se trouve à droite quand on est assis au fond de celle-ci, à la place d'honneur, et qu'on regarde vers la sortie.

Concernant l’organisation des armées, elle est divisée en trois corps (Centre, Aile droite et Aile gauche).
Les Mongols désignait ceux-ci en regardant vers le Sud. L’aile droite ( Baroun-gar) étant de ce fait l’aile se trouvant à l’Ouest et l’aile gauche (Djegün-gar) celle se trouvant à l’Est.

Selon Rubruck, les Mongols, dans leurs libations, versaient leurs coupes dans les quatres
directions cardinales, au Sud pour honorer le feu, à l'Est pour honorer l'air, à l'Ouest pour honorer l'eau et au Nord pour honorer les morts.


Unités de mesures de distance :

Comme chacun d’entre nous le sait, le mètre est l'unité de base de longueur du Système international (SI). Il fut officiellement défini pour la première fois en 1790 par l'Académie des sciences et représentait la dix-millionième partie d'une moitié de méridien terrestre, ou d'un quart de grand cercle passant par les pôles. Si ce n'était le corps humain qui servait de modèle (pied, pouce ou autre), la nature restait donc la référence.

Les “Peuples Cavaliers des steppes d’ Asie centrale ont, eux aussi, utilisé des mesures de distance.

Les mesures métriques de petite taille font référence aux parties du corps : doigt, envergure des bras, pas (óadym kaz. égale environ 1 m).
Mais pour mesurer un espace plus grand, le corps humain ne suffit plus et d’autres paramètre entre en jeu.

Les distances peuvent se déterminer par rapport à l'ouïe et à la vue. Ainsi, chez les Kazakhs, la "portée de voix" égale à la distance à laquelle un cri peut être entendu, est toujours employée par certaines personnes et représente environ 1 kilomètre.

Le “kôs” est également une unité de mesure. Elle est directement liée au monde nomade et est présente sur une immense zone géographique, allant au moins de l'Afghanistan à la Yakoutie.

Cette unité de mesure représente la distance parcourue en une étape de transhumance.
C'est une mesure relative. En effet, varie selon selon les saisons . En effet, le “kos” hivernal est inférieur au “kos”automnal, car les bêtes marchent plus vite engraissées sur l'estivage qu'éreintées par les privations de l'hiver.

Elle varie aussi selon les espèces du bétail. Le “óozy kô kaz” (étape d'agneau) représente ainsi 8 à 10 kilomètres, tandis qu’un “satyy kôs” (etape de piéton) est long de 7 à 8 km et qu’un “sièlèr at kôsô” (étape d’un cheval au trop) est égal à 13 ou 14 km.


De cette manière et pour déterminer le chemin qui reste à parcourir, un Kirghize pouvait dire :

- "encore une course de poulain de deux ans et nous sommes arrivés" (une course de poulain d'un an étant égale 5 km, une course de poulain de deux ans à 8 km, enfin celle d'un cheval adulte de 20 à 35 km).

Les Mongols khalkhas évaluaient les trajets selon “la distance franchie à cheval en une journée” et égale à deux relais de poste (örtöö), soit environ 2 x 30 km.

Le mot “örtöö” qui désigne à la fois la halte (le relais de poste) et la distance entre deux relais ( 30 km) deviendra par la suite une mesure abstraite de distance, employée même en l’absence de relais.

Cette mesure sera présente dans la zone d’extension de l’empire mongol. en effet, celui-ci diffusera largement la technique du “ Relais de Poste”.




cet article à été réalisé grâce à l’article de Carole Ferret
LES DISCONTINUITES PASTORALES DE L'ESPACE ALTAÏQUE
Collectif de Recherches sur l’Asie Centrale (CRAC- INALCO)
http://www.reseau-asie.com
Ariq Qaya, guerrier keshig de l'Ordoo du 'corbeau Rouge'
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