Message 15 Jan 2012, 13:33

Le Levirat

Le Levirat

Introduction :

Le lévirat est un type particulier de mariage où le frère d'un défunt épouse sa veuve afin de poursuivre la lignée. Les enfants issus de ce remariage ont le même statut que les enfants du premier mari.

Durant l'Antiquité, le lévirat était pratiqué notamment par les Égyptiens, les Babyloniens, les Phéniciens, les Hébreux et les Xiongnu.

Chez les “Peuples Cavaliers” :

Nous savons que chez les Scythes, lorsque qu’un “Roi” décédait, ses épouses ( épouses principales et concubines) étaient exécutées et enterrées avec lui.

Cette tradition s’est perpétuée pendant très longtemps chez les "Peuples Cavaliers" et ce même jusqu’au 20ème siècle chez certains peuples du nord de la Sibérie.

Néanmoins, nous avons certaines sources qui prouvent que les veuves ne subissaient pas toujours ce sort sinistre.

En effet, les peuples de la steppe utilisaient également “le lévirat”.


Les sources sont très nombreuses pour l'époque gengiskhanide mais nous en possédons aussi quelques-unes, antérieures, concernant les peuples türk, Oghuz et Kiptchaq.

Ahmad Ibn Fadlan, qui se rend sur la Volga en 921-922, note que chez les Oghuz, si un homme meurt en ayant des épouses et des enfants, l'aîné de ce dernier prend les premières pour femmes à l'exception de sa propre mère.

S'il n'y a pas d'erreur, c’est le droit d'aînesse qui est signalé ici. Hors on sait, et depuis longtemps, que c’est, normalement le fils cadet qui reste à la maison paternelle. Il est le gardien du foyer et en conséquence l'héritier principal (le frère puîné est l'héritier de tous ses frères aînés).

A l'époque mongole, on lui donne le nom d’Otchigin (Prince du feu).

Mais il n'est pas incertain que d'autres traditions ont coexisté avec celle-là. Le rôle du fils aîné, comme héritier principal, semble parfois se dessiner.
On pourrait retenir que c’est un trait particulier pour la vaste confédération des Oghuz.

A la fin du XIème, la Chronique de Nestor relate que les Comans (Kiptchaq) prennent pour femmes, au décès de leur père ou de leur frère, leurs belles-mères ou leurs belles-sœurs,

Une fois l'Empire mongol constitué, les voyageurs occidentaux rapportent en Europe une foule de renseignements.

Selon Jean de Plan Carpin :

“les Mongols peuvent épouser les épouses de leur père après sa mort. De plus un cadet peut prendre l'épouse de son frère après sa mort, sinon un autre jeune de la parenté est tenu de la prendre [...] Après la mort du mari les femmes ne convolent pas aisément en secondes noces, à moins que quelqu'un ne veuille épouser sa belle-mère.”


Selon Guillaume Rubruck ( 1220 - 1290) :

“ Parmi eux, il n'y a pas de femme veuve pour la raison suivante : ils croient que tout ce qui leur sert dans cette vie leur servira aussi dans la prochaine. Ainsi, en ce qui concerne les veuves, ils croient qu'elles retourneront à leur premier mari après la mort. D'où cette honteuse coutume prévaut parmi eux que, parfois, un fils prenne comme femme l’épouse de son père défunt.”

Plus tard, le plus célèbre des voyageurs médiévaux, Marco Polo revient sur la question :

“Ils prennent pour épouses leurs cousines. Mais ce qui est plus fort, si le père meurt, son fils le plus âgé prend pour femme la femme de son père pourvu qu'elle ne soit pas sa mère et toutes les femmes laissées par le père hors sa mère et ses sœurs. Il prend aussi la femme de son propre frère, s'il meurt. Et quand ils prennent femmes, ils font grandes noces et grands concours de gens.”

Il faut noter que le Vénitien, comme le faisait Ahmad Ibn Fadlan pour les Oghuz, attribue le droit successoral au fils aîné.

Son témoignage trouve sa plus grande valeur dans la précision qu'il apporte sur un point important : le fils hérite non seulement des épouses principales, mais de tout le harem.

L'Arménien Hayton écrit :

“Par usage, il convient qu'après la mort du père, le fils prenne pour épouse la marâtre et les frères la femme qui fut à son frère, et font lit avec elle”.

Hayton nous apprends donc qu'il ne s'agissait pas seulement de recueillir sous son toit les femmes abandonnées mais que le mariage devait être effectivement consommé.


Rachid al Din, Médecin Perse ( 1247 - 1318 ) nous donnent plus de détails. Il insiste sur le fait que le plus
jeune fils, parce qu'il demeure à la maison, se voit assigner la propriété non seulement des biens et des terres, mais aussi de toute la famille.

Et Ata-Malik Juvaini nous rappelle que les Mongols suivent les coutumes des Turcs ouïghours qui furent leurs grands initiateurs en civilisation.

“C'est la coutume des Mongols, et des Ouïghours, que le fils ait autorité sur les femmes de son père et les épouses.”
Che Khan, votre humble serviteur
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