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Ibn Batouta, Voyageur Marocain (1304-1369)


Portraits d'hommes célèbres et moins célèbres ayant un rapport avec les 'Peuples Cavaliers'. A lire pour y trouver quelques surprises.

Modérateurs: Che Khan, Alokhan, Khatchi Qan, Hysa Yesui

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Guerrière Keshig

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Message 09 Déc 2005, 19:34

Ibn Batouta, Voyageur Marocain (1304-1369)

Ibn Batouta (1304-1369)

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Abou 'Abd Allah Muhammad Ibn 'Abd Allah Ibn Muhammad Ibn Ibrahim Al-Louati At-Tanji, dit Ibn Batouta.

Le plus célèbre tangérois de tous les temps était voyageur, pélerin, explorateur, globe-trotter, ambassadeur, jurisconsulte, courtisan... Bref, un lettré curieux et ouvert sur le monde.

Il est né à Tanger le 17 rajab 703 de l’égire (24 février 1304). A l'âge de 22 ans, le jeune homme inexpérimenté part effectuer le pélerinage à la Mecque. Ce sera le début d'un des plus extraordinaires périples de tous les temps !

Le 14 juin 1325, Ibn Batouta part de Tanger pour parcourir la plus grande distance (116.800 km) qui ait jamais été couverte avant Magellan (2 siècles plus tard) : 29 ans d'aventures dans des régions correspondant à 44 pays actuels !


Partant d’Afrique du nord (1325), il se dirige vers l'Egypte (1326) puis la Palestine et la Syrie (1326) pour enfin arriver à Médine et la Mecque (1326). Ensuite, notre ‘pélerin’ ne rentre pas au pays. Il continue par l'Irak et la Perse (1326-1327), visite l'Arabie du sud, le Yémen et l'Afrique orientale (1328-1330).

Il traverse l'Asie mineure et entre dans Constantinople (1330-1331). Il remonte vers le nord et découvre la Russie méridionale et l'Asie centrale (1332-1333) où il rencontre le Khan de la 'Horde d'Or'.

De là il pique au sud, passe par Gurgendj puis arrive en Inde musulmane (1334-1341), aux les Maldives et à Ceylan (1342-1344), continue sur Sumatra et la Chine (1345-1346).

Après un retour à Tanger (1346-1349), il repart en Andalousie (Grenade) et voyagea dans le royaume du Maroc et le Sahara (1349-1350), l'Afrique occidentale (1351-1353).

Il revient à Fès en 1353. Le sultan mérinide Abou 'Inan lui ordonna de dicter ses souvenirs à Ibn Juzayy, secrétaire du prince. Le récit de voyage intitulé "Présent à ceux qui aiment à réfléchir sur les curiosités des villes et les merveilles de voyages." est plus connu sous le nom de "Rihla".

La figure d'Ibn Batouta est souvent comparée à celle plus connue de Marco Polo, commerçant vénitien qui explora la Chine et la Mongolie au 13ème siècle (1261-1269: premier voyage en Chine et 1271: deuxième voyage en Mongolie).

Cependant les différences entre les deux personnages sont notables. Si Marco Polo et ses frères explorèrent pour des raisons commerciales des contrées inconnues de leurs concitoyens, Ibn Batouta s'intéressa principalement aux pays musulmans et voyagea pour des raisons intellectuelles (ce qui ne l'empêcha pas de parcourir une bien plus grande distance que son illustre prédécesseur !).

Ibn Batouta est le seul voyageur médiéval connu à avoir visité les pays de chaque gouvernant musulman de son temps. Il a été le seul à avoir connu l'ensemble du Dar El Islam de son époque ! Ses étapes maritimes montrent que les musulmans du 14ème siècle dominaient l'activité maritime en Mer Rouge, dans le golfe arabo-persique, dans l'océan indien et en Mer de Chine.
Hysa Yesui, Guerrière Keshig de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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Guerrière Keshig

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Message 09 Fév 2007, 23:23

Ibn Batouta chez le Khan de la ‘Horde d’Or’

Ibn Batouta chez le Khan de la ‘Horde d’Or’

A Sinople, après avoir attendu plus d’un mois des conditions météo favorable, Ibn Batouta s’embarque avec les siens sur un petit bateau et commencent la traversée de la Mer Noire.

Mais la malchance s’acharne sur eux. Ils essuient plusieurs orages qui risque de faire chavirer leur embarcation.

" Tout le monde recommandait son âme à Dieu, car il n’y avait rien d’autre à faire ".

Après des jours de difficultés, ils atteignent enfin la côte opposée et mouillent dans le port de Caffa en Crimée. Caffa est un comptoir génois qui accueille près de deux cents navires dans ses bassins. A Caffa vivent de grands commerçants de Gêne, de Venise, d’Egypte, de Russie et d’autres lieux du monde entier. Il n’y a qu’une Mosquée dans la ville peuplée par une majorité d’Européens chrétiens.

Dès le lendemain, Ibn Batouta se débrouille pour se procurer un chariot et se met en route en espérant trouver plus loin une ville où la population musulmane serait plus nombreuse.
Dans les ports de la Mer Noire, il peut observer en quoi consiste le commerce et quelles sortes de marchandises circulent dans les bazar : céréales, bois, fourrures, sel, cire et miel… sans compter tous les produits rares de la " Route de la Soie " : soie, épices, porcelaines… Il s’y négoce aussi beaucoup d’esclaves, en particulier les captives de guerre et les pauvres enfants vendus par des parents qui n’avaient trouvé que ce moyen pour gagner de quoi survivre. Tous sont destinés à être revendus au marché aux esclaves du Caire. Mais, quelques un allaient finir dans les plantations de cannes à sucre de Chypre ou dans les demeures des riches marchands italiens.

Quand Ibn Batouta et son équipe arrivent à al-Qiram, il peut enfin entendre de bonnes nouvelles. Il arrive juste à temps pour pouvoir s’intégrer à un convoi qui allait parcourir près de 1000km sur la Volga et ce, sous la protection du Maître de ‘la Horde d’Or’.

Le convoi de la ‘Horde d’Or’ ne les précède d’ailleurs que de quelques jours. Ils se hâtent de louer trois chariots et leurs animaux de trait (a cette époque, un convoi de chariots à travers la steppe se composait généralement de deux cents véhicules).

Ibn Batouta décrit ainsi le sien :

" Sur le chariot était installée une sorte de coupole faite de lattes de bois attachées ensembles au moyen d’étroites lanières de peau. La structure, très légère à transporter était couverte de toiles de feutre ou de " couvertures " et surtout, elle était pourvue de petites fenêtres grillagées. Les personnes qui se tenaient à l’intérieur pouvaient ainsi observer celles qui étaient à l’extérieur sans être vues elles-mêmes. Cela leur permettait
de faire ce qu’elles voulaient à l’intérieur : dormir, manger, lire, écrire… en toute tranquillité. Les chariots qui transportaient la nourriture ou les biens étaient semblables aux autres, sauf qu’ils étaient munis d’une porte pouvant être verrouillée… Nous pûmes observer ainsi de vastes villes en mouvement, avec tous leurs habitants, leurs Mosquées, leurs bazars… et surtout la fumée des foyers montant vers le ciel car ces gens là faisaient
la cuisine tout en se déplaçant. "


Les caravanes des riches Mongols ressemblent donc à de grandes villes sur roues, sauf qu’on y voit peu d’hommes. En effet, une seule femme peut prendre la tête d’un convoi de vingt à trente chariots tant le pays est plat et sans accident de terrain. Elle n’a qu’à diriger les animaux du chariot de tête et tous les autres suivaient.

Pendant son voyage, Ibn Batouta est stupéfait de la façon dont ces gens se comportent avec leurs animaux :

" A chaque halte, ils les dételaient et laissaient leurs chevaux, chameaux et bœufs partir paître en toute liberté, le jour et même la nuit… sans quiconque pour les garder ou les surveiller… ".

Il apprendra plus tard que les lois contre les voleurs étaient tellement sévères que personne ne se serait risqué à dérober un animal.

" Chaque personne prise en possession d’un cheval volé devait le rendre à son propriétaire et lui en donner neuf autres à titre de dédommagement. S’il ne pouvait pas s’en acquitter, ses fils étaient donnés pour remplacer les animaux manquants… et s’il n’avait pas de fils… il était abattu comme un chien ! "

Bientôt, il rattrape la caravane du Khan de la 'Horde d’Or' et dès le lendemain matin, Ibn Batouta rencontre le Khan.

Ozbeg trônait sur un siège d’argent au milieu d’une tente immense dont l’extérieur était tapissé d’une couche de " tuiles " en or. La famille du Khan se tenait au pied du trône mais ses quatre épouses étaient assises à côté de lui.

Dans la société mongole, les femmes jouaient un rôle important en ce qui concernait les affaires de l’Empire. Cette situation surprend beaucoup Ibn Batouta car les princesses qui ont le même rang que leurs frères, non seulement peuvent prendre des décisions, mais en plus, possèdent des terres qu’elles gouvernent et sur lesquelles elles prélèvent des taxes.
Avec quelque étonnement, Ibn Batouta rapporte comment le Khan se comporte avec ses épouses :

" Il s’avança dans l’entrée pour les accueillir, les salua, leur prit les mains. Et seulement après, elles montèrent sur leurs " divans " et attendirent pour s’asseoir, que le Khan lui même se soit assis… Et tout ce cérémonial fut accompli au vu de toutes les personnes présentes, sans qu’à aucun moment le déroulement en ait été dissimulé par des voiles… "

Et naturellement, toutes les autres femmes de la caravane étaient très bien traitées, pratiquement à l’égal des hommes.

Il y avait en effet de quoi surprendre un musulman chez qui les femmes ne peuvent avoir aucun rôle politique ni aucune activité publique officielle.

Ibn Batouta continue à décrire ce qu'il observe :

" Les chevaux qui tiraient les chariots des épouses étaient décorés de " robes " en soie. En avant de chacun d’eux avançait une dizaine de jeunes serviteurs. Les Grecs et les Indiens qui les escortaient étaient vêtus de robes de soie incrustées de joyaux et tenaient en main une " masse d’arme " en or ou en argent. Derrière suivait une centaine de chariots pour les servantes, tous occupés par au moins quatre femmes esclaves de tous âges. Et derrière tout cela, il y avait encore au moins trois cents chariots tirés par des chameaux et des bœufs pour transporter les coffres, l’argent, les vêtements, le mobilier (si) et la nourriture de toutes les épouses ! "

Soucieux des détails, Ibn Batouta donne aussi quelques indications sur ce qui se mange au sein de la caravane.

“Ces gens consomment le " dugi ", une sorte de " porridge " de millet sur lequel ils versaient du lait caillé. Le plus souvent, ils mangent de la viande de cheval ou de mouton. Ils consomment aussi la " rishta ", une variété de macaronis cuisinés avec du lait. Ils boivent du lait de jument et une boisson alcoolisée, la " buza ", obtenue à partir de céréales fermentées”.

La route empruntée par la caravane contourne la Mer Caspienne par le Nord. cette route était beaucoup moins fréquentée que les routes commerciales traditionnelles qui passaient par l’Afghanistan et l’Iran. Mais elle permettait néanmoins un commerce très lucratif, celui de l’ambre qui provenait de la Baltique et qui était commercialisé jusqu'en Chine, via Moscou et la Volga.

(A ce sujet, Ibn Batouta mentionne qu’il aurait fait une tentative avortée pour se joindre à une caravane de marchands qui remontaient la Volga pour se rendre jusqu’au royaume bulgare. Mais pratiquement tous les historiens qui ont étudié ses voyages sont d’accord pour dire qu’il ne s’agit là que d’une pure invention).

Dans ces pays, les seuls voyageurs que l’on rencontre sont les riches trafiquants de fourrures (zibeline et hermine). Ils effectuent leurs trajets dans des traîneaux tirés par des chiens et ils doivent emporter avec eux leur combustible car on ne peut trouver d’arbres ni de villages sur leur trajet. Les vieux chiens qui avaient appris la route 'par cœur' leur servaient de guides et ils les attachaient toujours en tête des attelages. Ces animaux pouvaient atteindre des prix considérables. On les traitaient mieux que les autres et ils recevaient toujours la nourriture en premier.

Selon Ibn Batouta, les Russes ont les yeux bleus, sont roux de poils et surtout, sont particulièrement laids.

Quand le convoi atteint Astrakhan, la princesse Bayalun, troisième épouse du Khan étant enceinte, est autorisée à retourner chez son père Andronicos, l’Empereur de l’Empire Byzantin, afin d’y mettre son enfant au monde dans des conditions plus sereines qu’au sein de la caravane en mouvement.

Ibn Batouta dépose alors une requête auprès du Khan et obtient l’autorisation de suivre l’épouse jusqu’à Constantinople. Il voit là une opportunité exceptionnelle, la première occasion pour lui de se rendre à l’extérieur du monde arabo-musulman et de visiter une des plus grandes cités de l’Univers ! (le fait que des Arabes ou des Türks puissent ainsi se rendre dans la capitale du Saint Empire Romain d’Orient ne doit en aucune façon nous surprendre. " Business is business " comme on dit et à l’époque, la ville chrétienne accueillait en ses murs quantités d’Ambassadeurs et commerçants islamiques ou de toute autre religion. Il y avait même une Mosquée construite au cœur de la cité).

Ainsi vers Juillet 1332, Ibn Batouta se dirige vers Constantinople en suivant une petite partie de la caravane du Khan… Petite partie qui ne comptait effectivement que 5 000 cavaliers, 500 soldats et serviteurs " personnels ", 200 femmes esclaves, 20 serviteurs grecs et indiens, 400 chariots, 2 000 chevaux et 500 chameaux et bœufs.

Ibn Batouta reste à Constantinople un peu plus d’un mois (36 jours).
(certains historiens doute de la présence d’Ibn Batouta à Constantinople. Le récit qu’il fait de la ville aurait pu être rédigé à partir d’autres sources par son biographe zélé).

Ibn Batouta et l’escorte princière reprennent donc la route des steppes. C’est alors qu’un hiver terrible s’abat sur la région !

" Je dus accumuler sur moi trois manteaux et deux pantalons, ainsi que deux paires de chaussettes dans mes bottes fourrées en peau d’ours. S’il m’arrivait d’essayer de me laver à l’eau pourtant chaude, l’eau gelait dans ma barbe et se transformait en glace avant que j’aie eu le temps de l’essuyer ! "

Ils avancent d’abord vers Astrakhan (à l’embouchure de la Volga) puis continuent vers le nord pour rejoindre le Khan qui s’était installé à la ‘nouvelle Saraï’. La ville est construite au bord de la Volga et est complètement prise par les glaces en cet hiver rigoureux.

Ibn Batouta abandonne bien vite ce ‘comptoir’ du bord de la Volga et se dirige résolument vers le Sud-Est, en direction de l’Inde.

Pendant cinq mois, il parcourt les territoires conquis par les Mongols.
En poursuivant son voyage, Ibn Batouta quitte alors le territoire de la ‘Horde d’Or’ pour pénétrer sur les terres du Khan du Djagataï, un autre descendant de Gengis Khan.
Hysa Yesui, Guerrière Keshig de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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