Message 12 Déc 2015, 16:26

La Bataille de Marchfeld, 26 août 1278.

La Bataille de Marchfeld, 26 août 1278.

Avant-propos :

La bataille de Marchfeld ( ou bataille de Dürnkrut) est une bataille qui voit s'affronter les troupes du Roi Ottokar II de Bohême aux troupes allemandes commandées par le Roi Rudolph Ier de Habsbourg, lui-même allié au Roi Ladislav IV de Hongrie.

Une partie de la cavalerie hongroise était composée d'archers à cheval kiptchaqs qui joueront un rôle important dans la bataille.

Elle se déroule le 26 Août 1278 et se situe au nord-est de Vienne.

Contexte Général :

L’ex communion de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen par le pape Innocent IV en 1245 a créé une grave crise pour le Saint Empire romain germanique,

Dans les décennies suivantes, plusieurs nobles ont été élus Rex Romanorum mais aucun n'a été capable de gouverner réellement.

En 1246, le Duc Frédéric II d'Autriche est tué à la Bataille de la rivière Leitha, dans un conflit frontalier qu'il a avec le roi Béla IV de Hongrie.

En 1250, Ottokar II, fils du roi Venceslas I de Bohême, s'installe dans les duchés d'Autriche et de Styrie.

Ottokar II gagne le soutien de la noblesse locale et est proclamé duc d'Autriche et de Styrie par les successions un an plus tard.
En 1253, à la mort de son père, Ottokar II devient roi de Bohême.
En cette même année, le Roi Béla IV de Hongrie annexe le Duché de Styrie ( Duché situé dans le sud de l’actuelle Autriche et au nord de l'actuelle Slovénie).

En 1259 Ottokar II met à profit une révolte des nobles de Styrie contre le roi Béla IV de Hongrie pour s'emparer du duché de Styrie. Le roi de Hongrie se met en marche avec son armée et ses auxiliaires kiptchaqs. Mais, en 1260, à la bataille à Kressenbrun, la chevalerie d'Ottokar II massacre l'armée de Béla IV.

En 1268 Ottokar signe un contrat d'héritage avec Ulrich III de Carinthie

Un an plus tard, à la mort d'Ulrich III de Carinthie, Ottokar II s'emparer de la Carinthie et de la Carniole (une autre province du Saint Empire Germanique).

Fort de sa puissance, il vise à la couronne impériale, mais les Princes-Electeurs méfiant lui préfère Rodolphe de Habsbourg qui est élu Roi des Romains le 29 Septembre 1273.

L'élection ayant eu lieu en absence d' Ottokar II, celui-ci refuse de reconnaître Rudolph Ier .

Rudolph Ier, de son côté et avec le consentement des Princes-électeurs. reprend les territoires autrichiens de Carinthie et convoque Ottokar II au Reichstag à Würzburg (1275)
 
Mais Ottokar II refuse de venir se présenter devant la Diète et se voit placé sous l'interdiction impériale. Tous ses droits territoriaux sont révoqués, y compris son héritage, la Bohême.

Pendant ce temps, Rudolph Ier qui sait qu'Ottokar II ne va pas rester sans agir, rassemble des alliés et se prépare à la guerre.

Il réalise deux alliances par le mariage.

Il fait épouser son fils Albert à Élisabeth de Gorizia-Tyrol.
En retour, le comte Meinhard II de Gorizia-Tyro et père d’Élisabeth, reçoit le duché de Carinthie comme fief.

Deuxièmement, il fait épouser sa fille Katharina à Otto, fils du Duc Henri I de Basse-Bavière.

Ensuite, il conclu une alliance avec le roi Ladislas IV de Hongrie.

Cette alliance n'a rien d’étonnant, Ladislas IV de Hongrie a de vieux comptes à régler avec Ottokar II.

En 1276, Rudolph Ier, assiège Vienne, la capitale d'Ottokar II.

Ottokar est forcé de se rendre et doit renoncer à toutes ses acquisitions,.
Rudolph lui laisse néanmoins la Bohême et la Moravie.

Mais Ottokar II n'est pas satisfait de ce partage et est déterminé à reprendre ses territoires.

Il contracte une alliance avec les Ascaniens du Margraviat de Brandebourg et avec les Princes polonais.
La dernière scène se met en place.

Les préludes :

En 1278 il part campagne contre l'Autriche, soutenue par le duc Henri Ier de Basse-Bavière, qui avait changé de camp. Ottokar II assiège les villes de Drosendorf et Laa an der Thaya
près de la frontière autrichienne, tandis que Rodolphe Ier décide de quitter Vienne et de faire face à l'armée de Bohême dans une bataille rangée ouverte dans le bassin de la Morava au nord de la capitale.
Il espère que son allié, le roi Ladislas IV pourra facilement rejoindre ses forces.

Surpris par la manœuvre de Rudolph Ier, Ottokar II abandonne rapidement le siège de Laa et marche vers le sud.
Le 26 Août, près Dürnkrut, il est face aux troupes impériales et hongroises réunies.
Rudolph Ier et Ladislas IV ont l'avantage du terrain. En effet, grâce aux Kiptchaqs qui ont servi comme éclaireurs, le champ de bataille a été reconnu.
De plus, leurs actions de harcèlement ont ralenti Ottokar II et pratiquement aveuglés son armée.

Forces en présence :

Le 26 Août, 1278, les trois armées sont donc face à face.
Bien que des deux côtés, il y avaient des unités d'infanterie, la bataille en elle-même sera principalement une grande bataille de cavalerie (chevaliers lourds)

Les troupes impériales et hongroises se tenaient séparément.
Les Hongrois sur le flan gauche et les Impériaux sur le flan droit.

Ladislav IV était venu avec 15000 cavaliers et parmi eux, 5000 Kiptchaqs (très certainement des archers à cheval).
La première ligne de l'armée de Ladislas IV était composée par la cavalerie légère hongrois et par les archers à cheval kiptchaqs
La deuxième ligne se composait de cavalerie moyen et lourd et était commandée par Matthew Csák
La troisième ligne était commandée menée par Stephen Gutkeled, le juge royal (iudex curiae regis), deux barons immensément puissantes.
Le jeune roi ladislav IV, qui n'avait que 16 ans se trouvait sur une colline derrière son armée et n'a pas combattu personnellement.
Une chronique allemande mentionne que les rois hongrois se tenaient habituellement dans des zones bien protégées parce que les troupes hongroises se déplanaient généralement rapidement en changeant souvent de position.

Rudolph Ier avait 2000 chevaliers, chacun accompagnés de leurs escortes, ce qui faisait 10 000 hommes environ.
Rudolph Ier dispose ses chevaliers en deux lignes (Autrichiens, Styriens et Souabes) et prévoit une réserve formée par 60 chevaliers sous les ordres 'Ulrich von Kapellen.
L'empereur combat aux côtés de ses chevaliers.

Dans l'autre camp, Ottokar II est venu avec une grande armée de 30 000 hommes. Cette armée est composée de troupes auxiliaires de différents pays.
Ottokar II dispose son armée pour combattre séparément ces deux ennemis.
Sur la droite, face aux Hongrois, il place les Bohémiens en première ligne, les Moraves en deuxième ligne et les Polonais en troisième ligne. Cette aile est dirigée par Milota Dedic.
Sur la gauche, face aux troupes de Rudolph Ier, il place les chevaliers allemands de Thuringe et de Messen en première ligne, les chevaliers bavarois et d'autres chevaliers polonais, en deuxième ligne et les chevaliers Brandenburgeois en troisième ligne.
Cette aile est commandé par Ottokar II, lui-même.

La Bataille :

La bataille commence avec l'attaque de la cavalerie légère hongroises (les Kiptchaqs).

Les pluies de flèches des archers à cheval blessent ou tuent de nombreux soldats de Bohême et disloquent leur formation.
Les chevaliers de Bohême sont chargés par la cavalerie lourde hongroise. Les Hongrois atteignent le camp de Bohême qui est en partie pillé.

La bataille s'étend sur toute la ligne et après trois heures de combats, les chevaliers des deux camps commencent à être épuisés. Beaucoup d'entre eux souffrent d'insuffisance circulatoire du à la chaleur et ne sont plus en mesure de se déplacer.

Néanmoins , Ottokar II a un petit avantage car il repousse légèrement les troupes de Rudolph Ier.

Vers midi, Rudolph Ier donne l'ordre à un 'régiment' frais de cavalerie lourde qu'il avait caché derrière les collines et les bois à proximité, d'attaquer le flanc droit des troupes d'Ottokar II.

Ce type d' embuscades est généralement considérées comme déshonorante et Ulrich von Kapellen, qui commande ces troupes fraîches, s'excuse auprès de ses propres hommes avant de lancer l'attaque.

Ottokar II réalise le danger et essaye d'engager un contingent de réserve mais cette manœuvre est interprétée par ses troupes comme une déroute.

Ottokar est contraint de battre en retraite.
A ce moment, les Kiptchaqs, interviennent à nouveau en refermant le piège et en écrasant la retraite de l'armée d'Ottokar II.
De nombreux hommes périssent et avec eux, Ottokar II lui-même.

Après la bataille :

Rudolph Ier, pour démontrer sa victoire, affiche le corps d'Ottokar II à Vienne. Il s'assure de la possession des duchés d'Autriche et de Styrie.

En 1282, à la diète d'Augsbourg, il installe ses fils Albert et Rudolf II.

Cependant, en Bohême, Rudolph Ier agi avec prudence et est parvenu à un accord avec la noblesse et la veuve d' Ottokar II Kunigunda sur la succession de son fils Venceslas II.


Remarques :

- Attention, dans cette bataille, les Kiptchaqs n'interviennent plus que comme troupes auxiliaires d'une armée étrangère et non comme un 'peuple indépendant'.
ces Kiptchaqs font partie des 40.000 familles qui ont suivi Köten Khan lorsque celui-ci s'est réfugié en Hongrie en 1237, suite à l'invasion mongole de leur territoire.

- Ladislas IV de Hongrie dit Ladislas le Couman (Dynastie Árpád) est né en 1262 et mort à Kőröshegy le 10 juillet 1290. Il est roi de Hongrie du 6 août 1272 au 10 juillet 1290.
Il est le fils et successeur du roi Étienne V et d'une princesse kiptchaq.
Ladislas IV monte sur le trône à dix ans. Les barons hongrois en profitent pour s’accaparer de grandes terres et mener des guerres privées.
Il s’appuie sur les Kiptchaqs ( Coumans) pour lutter contre les barons rebelles. Ces derniers obtiennent l’intervention du pape et demandent au roi de contraindre par la force les Kiptchaqs, encore païens, à recevoir le baptême et à rompre avec le nomadisme. Le roi commence par obtempérer, puis se cabre contre les exigences du légat Philippe de Fermo et est excommunié.
Une guerre civile s’ensuit. Ladislas IV se range aux côtés des Kiptchaqs et se met à vivre parmi eux en adoptant leur costume et en s'entourant de concubines.
Il répudie sa femme Élisabeth (1261 - † 1300), fille du roi de Sicile Charles Ier d'Anjou, pour épouser une kiptchaq et n'hésite pas à appeler à l’aide des Mongols ( de la Horde d'or) afin de l'aider dans le conflit qui l'oppose à ses adversaires.Ceux-ci et avec l'aide des Kiptchaqs, ravagent le pays.

Il est finalement assassiné le 10 juillet 1290 par les Kiptchaqs (peut être en voulant, à nouveau, les christianiser). Mourant sans héritier direct, l’anarchie féodale s’installe à nouveau. Le pays se fractionne en provinces quasi indépendantes du pouvoir royal. Le pape déclare la Hongrie 'fief pontifical' vacant et le donne à Charles Martel d'Anjou, encore enfant, de la dynastie des Anjou de Naples, apparentée par les femmes aux 'Arpad'. Plusieurs autres prétendant se mettent sur les rangs et la lutte pour le trône durera dix-huit ans.

- Rudolph Ier est le premier empereur germanique issu de la 'Maison de Habsbourg', une plus importantes dynasties allemandes. La domination des Habsbourg prendra fin en Europe centrale après la chute de l'Autriche-Hongrie en 1918.
Che Khan, votre humble serviteur
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