Message 03 Oct 2005, 13:56

L’art de la Guerre chez les Mongols

L’art de la Guerre chez les Mongols


La guerre est l'une des activités principales des Nomades. Chez certaines tribus, on juge un homme à la quantité d'ennemis tués à la fin de l'année. La mort au combat est la plus belle des morts, et il est honteux de mourir de maladie : ceci explique le courage du guerrier nomade. Chez les plus sauvages et les plus anciens des nomades des steppes (Scythes,Huns...), la selle est décorée des scalps des ennemis, dont la peau est tannée pour faire office d'ornement, et le crâne vidé pour servir de coupe et boire son sang. Cette dernière coutume perdurera sous une forme plus cérémonieuse dans les siècles suivants.

L'art de la guerre est indissociable de l'art équestre. D'ailleurs, les Nomades sont les inventeurs de la selle et de l'étrier. Le guerrier nomade est à la base un archer à cheval.
Toute la stratégie et la tactique sont basées sur la mobilité du cavalier et son adresse à l'arc.

La stratégie :

Les Nomades sont capables d'effectuer d'immenses raids durant des mois. La logistique est réduite à son minimum : le guerrier vit sur le pays, se nourrissant si nécessaire du lait de ses juments ou de la chasse, voire du sang de sa monture. Les chevaux, élevés à l'herbe et non au grain comme chez les sédentaires, broutent l'herbe qu'ils trouvent en chemin, et sont capables de jeûner plusieurs semaines.

De plus, ils n'avaient pas besoin de transport ni d'intendance ni de transport de ravitaillement, car ils avaient avec eux des moutons, des vaches, des chevaux.

Quant aux animaux qu'ils chevauchaient, ils grattaient la terre avec leurs sabots et mangeaient les racines, ignorant tout de l'orge. De la sorte, ils n'avaient besoin de rien faire venir d'ailleurs
(Ibn al-Athir, contemporain de Gengis Khan) .

Cette mobilité leur permet de fondre rapidement sur l'ennemi, d'enlever les places, de piller, et éventuellement de repartir sans être inquiétés.

Car les Tatars sortirent des confins de la Chine et attaquèrent les cités du Turkestan (...) d'où ils s'avancèrent vers les villes de la Transoxiane. Puis une partie d'entre eux passa dans le Khorashan s'emparant de tout, détruisant, massacrant, pillant (...) Puis ils marchèrent sur les villes d'Azerbaïdjan et de l'Arraniyya (...) et tout cela en moins d'une année, chose absolument sans précédent (...) De là ils s'avancèrent dans les pays des Lan et des Lakiz et des diverses nationalités qui vivent dans ce pays (...) Ils firent tout cela dans les plus brefs délais, demeurant sur place le temps que leur progression exigeait mais pas plus.
(Ibn al-Athir, contemporain de Gengis Khan)

De même face à une armée d'invasion, les nomades reculent dans leur immense pays, laissant l'ennemi s'enfoncer profondément dans la steppe, s'éloigner de ses bases, s'affaiblir par attrition. Puis, quand les envahisseurs sont suffisamment démoralisés et diminués, ils fondent sur eux pour leur infliger une terrible défaite et les pousser à une désastreuse retraite. L'art du mouvement et de l'esquive est porté à son sommet.

Organisation :

Comme je l’ai déjà expliqué, l'armée mongole est organisée en trois corps :

- le corps de droite, le "Baroun-gar" (à l'ouest).
- Le corps du centre, le "Qöl"
- Le corps de gauche, le "Djegün-gar"(à l'est)

les directions sont repérées en regardant vers le sud.

Les troupes sont organisées en unités de 10 000 (tümen), commandées par des "Noyan" (ou bagadour).
Les tümen sont subdivisés en milliers, commandés par les chefs des milliers (Noyan de moindre rang), puis par centaines, puis par dizaines.
Cette division décimale se retrouve chez presque tous les peuples des steppes. C'est donc une organisation très hiérarchisée qui confère à l'armée une faculté de manœuvre, une cohésion et une discipline surprenante pour des hommes que l'on prétend barbares, cruels et sauvages.

Cette discipline sera renforcée sous Gengis Khan pour atteindre un degré de quasi-perfection.
La saison de la guerre commence en automne : les chevaux sont gras, ayant profité de l'été pour se nourrir abondamment.

Les habitants ordinaires des villes prises et qui ont résisté sont bien souvent méthodiquement passés au fil de l'épée (pour l'exemple). Néanmoins, les meilleurs artisans sont épargnés et envoyés à la cour du Khan.

La tactique :

Elle reste influencée par les techniques de chasse, faisant appel à l'observation, l'encerclement, et finalement au massacre des bêtes affaiblies et prises au piège.

Les principes tactiques sont : observation de l'ennemi par des éclaireurs, puis le jour de la bataille affaiblissement de l'ennemi par des volées de flèches.

Une manœuvre typique, la "Tulughma" consiste à envoyer la cavalerie légère sur les ailes de l'armée ennemie afin d' envelopper celle-ci pendant que le centre ennemi est engagé par la cavalerie lourde.

Si l'adversaire est puissant, on simule une retraite précipitée pour stimuler une poursuite qui désorganisera immanquablement l'armée ennemie et séparera les éléments mobiles du gros des troupes. On opère ensuite une embuscade sur les éléments poursuivants (en général le fleuron de la chevalerie adverse) ou une charge finale sur les troupes désorganisées.
Quand l'ennemi se débande, le massacre peut commencer.

Sur le champs de bataille, les troupes sont réparties en deux groupes :

- Cavaliers légers, armés d'arcs, qui harcèlent l'armée adverse en avant et sur les ailes.

- Cavaliers lourds au centre, possédant des armures de cuir et de métal et même des chevaux caparaçonnés, capables de charger au sabre et à la lance (mais ils conservent leur arc qui est l'arme préférée) tandis que les cavaliers légers débordent l'ennemi.

Un espace de fuite est généralement laissé à l'ennemi : le massacre des troupes en fuite est plus facile et moins coûteux pour ces cavaliers que la réduction d'un corps encerclé qui n'a d'autre solution que de se battre. Les fuyards tomberont très souvent sur une partie des troupes qui aura manœuvré auparavant pour les prendre au piège et les massacrer consciencieusement.
La poursuite peut durer plusieurs jours.

Les Nomades sont patients. Ils sont capables de harceler l'ennemi des heures durant avant de porter le coup final, ou même de partir piller les environs pendant deux ou trois jours avant de trouver le moment favorable. Ils sont extrêmement disciplinés. Tout manquement à la discipline est puni de mort. Ils sont capables de finir une bataille avant de commencer le pillage, qui reste cependant une des motivations premières des guerriers.

Sur le champ de bataille, les ordres sont donnés par des tambours, des cors ou des drapeaux (parfois des flèches sifflantes).


Mes sources : Laurent Quisefit / Revue Vae Victis n°12

L'auteur : Laurent Quisefit est ancien élève des Langues Orientales, diplômé de coréen et de mongol, et titulaire d'un DEA d'Etudes de l'Extrême-Orient (Paris VII). Il prépare une thèse sur l'histoire de la Corée et collabore avec différents magazines et organismes.
Che Khan, votre humble serviteur
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