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Artillerie à poudre noire et autres inventions.


Organisation, tactiques, armement, tout sur les 'Peuples Cavaliers' en guerre.

Modérateurs: Che Khan, Alokhan

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Guerrière Keshig

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Inscrit le: 29 Sep 2005, 21:22

Localisation: Quelque part, dans la steppe

Message 09 Déc 2005, 18:45

Artillerie à poudre noire et autres inventions.

Introduction - Origine de la poudre noire

Au tout début de notre ère, les Chinois font une découverte capitale. Un produit naturel, le salpêtre (sel de pierre) possède la propriété remarquable d’entretenir et d’activer les combustions. Ce dit salpêtre, en fait un mélange de nitrates contenant principalement du nitrate de potassium (KNO3) abonde en Chine. Certains sols s’y recouvrent régulièrement d’efflorescences blanches qu’il suffit de balayer pour en assurer la récolte.

Dans la foulée, les Chinois préparèrent un produit vivement combustible par mélange intime de charbon, de soufre et de salpêtre. L’ancêtre de la poudre à canon venait de voir le jour, le premier texte à en faire mention est un traité d’alchimie chinois du 10ème siècle.

Cette découverte avait pour origine des recherches d'alchimie faites dans les milieux taoïstes de l'époque des Tang, mais fut bientôt suivie par une application militaire dans les années 904-906. Il s'agissait alors de projectiles incendiaires nommés "feux volants" (feihuo).

Dès l'époque du Wujing zongyao, les armes à feu se sont diversifiées. Cet ouvrage mentionne en effet des grenades fumigènes et incendiaires, des catapultes conçues pour lancer des projectiles incendiaires, mais déjà aussi des grenades explosives (pili huoqiu).

Cependant il faut souligner que cette poudre donnait lieu à une combustion relativement lente, un peu comme une poudre à canon humide qui fait ‘‘long feu’’.

Avec elle les Chinois confectionnaient des fusées (ou feux volants) en la bourrant dans des tiges de bambou, mais également des pétards en l’entourant de couches de papier bien serrées et ligaturées à chaque extrémité, le bruit caractéristique provenant de l’explosion de l’enveloppe. Dans l’un et l’autre cas l’allumage se faisait à l’aide d’une mèche imprégnée de salpêtre.

Les fusées furent utilisées par les Chinois non seulement pacifiquement au cours des fêtes, mais aussi militairement, comme engins incendiaires, à partir du XI ème siècle semble-t-il. À la bataille de Caishi, en 1161, sont employées des catapultes à grenades explosives (pilipao) qui assurent la victoire des armées Song sur les Djurtchet.

Il est à noter que l’Inde, presqu’en même temps que la Chine, connut les mêmes développements, ses habitants attribuant l’invention de la poudre à un Dieu, Visvocarma.

Dès l’Antiquité, les contacts commerciaux s’établirent entre la Chine et l’Empire Romain par les routes de la soie. Toutefois, ce n’est qu’à la fin du VII ème siècle que le secret de la poudre, ou du moins du salpêtre, passe en Occident.

En 674 le calife Mouraïra met le siège devant Constantinople. C’est alors qu’un Syrien, Callinicus, profite de l’occasion pour offrir ses services à l’empereur byzantin en lui proposant un ‘‘feu’’ miraculeux dont il a le toupet de se prétendre l’inventeur (plus vraisemblablement, il connaissait les vertus du salpêtre à la suite de contacts commerciaux avec les Chinois).

Quoi qu’il en soit le secret de Callinicus va devenir entre les mains des
Byzantins une arme formidable : le feu grégeois. Il s’agissait d’un mélange de naphte, de goudron, de soufre, de résine et de salpêtre. Ce n’est encore qu’un mélange incendiaire mais grâce au salpêtre il acquiert une vigueur et une résistance à l’extinction encore jamais vues.

Constantinople va garder jalousement le secret de ce feu (en effet, nous n'en connaissons toujours pas, à ce jour, sa vrai composition).

Un très petit nombre d’ouvriers et de maîtres, étroitement surveillés, est affecté à sa fabrication.

Ainsi, l’empereur Constantin Porphyrogénète ordonne à son fils :

"Tu dois par-dessus toute chose porter tes soins et ton attention sur le feu liquide qui se lance au moyen des tubes ; et si l’on ose te le demander comme on l’a fait souvent à nous-mêmes, tu dois repousser et rejeter cette prière en répondant que ce feu a été montré et révélé par un Ange au saint et grand premier empereur Constantin"

Durant près de six siècles, l’empire byzantin va utiliser avec succès son feu grégeois au cours des affrontements maritimes : défense de ses ports, confection de brûlots dirigés vers la flotte ennemie, jets de pots et tubes en verre contenant le mélange incendiaire (à cette époque les rencontres navales avaient lieu pratiquement bord à bord).

En 1204 l’armée des Croisés met le siège devant Constantinople et enlève la ville, ruinant du même coup le monopole grec relatif à l’utilisation du salpêtre.

Or à cette époque, au début du 13ème siècle et indépendamment de ces événements, les Arabes à leur tour voient arriver chez eux la révélation des propriétés du salpêtre et de la poudre noire, toujours en provenance de Chine avec laquelle ils entretiennent des relations depuis le 8ème siècle.

Immédiatement ils s’empressent de les mettre en œuvre pour soutenir leurs conflits. Mais alors que les Byzantins réservaient le feu grégeois presque exclusivement aux affrontements navals, les Arabes vont l’utiliser dans les batailles terrestres, notamment lors des Croisades, sous toutes ses formes possibles et imaginables, souvent de façon plus spectaculaire que franchement ‘‘vulnérante’’.

Joinville rapporte ainsi le bombardement de l’armée de Saint-Louis :

"Un soir advint que les Turcs amenèrent un engin qu’ils appelaient la pierrière, un terrible engin à malfaire, et par lequel ils nous jetaient le feu
grégeois. Cette première fois, ils atteignirent nos tours en bois ; mais incontinent le feu fut éteint par un homme qui avait cette mission. La manière du feu grégeois était telle qu’il venait devant nous aussi gros qu’un tonneau, avec une queue d’une grande longueur. Il faisait tel bruit qu’il semblait que ce fut foudre qui tombait du ciel et comme un grand
dragon volant dans l’air avec une traînée lumineuse".

Quand et par qui fut tiré le premier coup de canon ?

Sûrement par un Arabe à la fin du XIII ème siècle. Vraisemblablement par Abou-Yousouf, sultan du Maroc, en 1275. L’arme, simple tube en bois (madfoa) lançait une grosse flèche.

Dans l’occident chrétien, le canon commence à se faire entendre en 1324 lors des sièges de Metz et de La Réole. Il est utilisé par les assiégés dans le premier cas et les assiégeants dans le second, chaque fois avec succès. A partir de cette date il s’associe progressivement et étroitement à l’histoire des conflits armés au point d’en devenir le symbole.

En 1342 les Arabes l’utilisent pour défendre leur position d’Algésiras assiégée par les troupes d’Alphonse XI lors de la Reconquista, en tirant des boulets de fer gros environ comme des pommes. Heureusement pour les Castillans, la plupart des projectiles passent par-dessus leurs têtes sans les frapper. Peut être que le canon n’est pas fait pour tirer loin mais pour tirer de loin.

L’année 1346 (soit 22 ans après La Réole) constitue une date emblématique qui préfigure l’évolution des futurs conflits terrestres : à Crécy, les Anglais expérimentent modestement la première intervention de l’artillerie à poudre sur le champ de bataille, en rase campagne.

Les Français trouveront là une excuse facile pour tenter de justifier l’une des plus incroyables défaites de leur Histoire. Pourtant, si les Anglais s’imposèrent à Crécy ce n’est ni grâce à leurs trois ou quatre couleuvrines d’une inefficacité irréprochable, ni même peut-être de leur archerie équipée du remarquable long bow, mais surtout grâce à leur incomparable capacité à bien se battre.
Hysa Yesui, Guerrière Keshig de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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Inscrit le: 24 Sep 2005, 10:43

Localisation: Brabant Wallon

Message 23 Oct 2014, 10:59

Artillerie à poudre noire et autres inventions.

Chez les Mongols :

Peu après l'an mil on trouve des catapultes légères qui lancent des projectiles de type radicalement nouveau : tubes de carton remplis d'un mélange explosif qui "préfaçait" la poudre noire, avec mèche. Ces engins, comparables à nos "bombes" de feux d'artifice, ne produisaient pratiquement aucun dégat : le but était d'effrayer les chevaux, éventuellement les soldats ennemis. ou bien, en charge fusante comparable à nos feux de bengale, de provoquer des incendies dans une ville assiègée.

Les artilleurs-artificiers chinois n'eurent guère de succès contre les Mongols, mais Gengis Khan, toujours "à l'affût" de ce qui pouvait servir à ses conquêtes, recrutera, de force, dans l'empire Kin un corps de ces spécialistes. Par ailleurs il veillera à faire habituer les petits chevaux mongols au fracas des explosions.

C'est pendant la campagne de 1219 à 1225 contre l'empire musulman du Kharezm que les Mongols s'initièrent à la polyorcétique orientale : béliers, tours d'assaut, engins de jet.

Des ingénieurs musulmans furent recrutés et comme leurs homologues chinois, placés sous les ordres d'Ogodaï, troisième fils de Gengis Khan, qui, passionné pour ces engins mécaniques, fut en somme le Commandant en chef des formation d'Artillerie et du Génie de son père.

Les chroniques persannes rapportent que pour la campagne menée de Boukhara vers Tabriz, nécessitant la prise de Merv et celle de la forteresse de Nichapour, Tolui, le plus jeune des fils légitimes du Khan, reçut une artillerie de 3000 lanceurs de traits incendiaires, 700 engins lançant des pots incendiaires, 300 catapultes lourdes, et comme matériel du Génie, 4000 échelles d'assaut.

les Mongols feront également grand usage de projectiles explosifs à enveloppe métallique (zhentianlei et tiehuopao). Ils se serviront de ce type d'armes lors de leurs tentatives d'invasion du Japon à la fin du XIIIe siècle où elles seront connues des Japonais sous le nom de teppô (chinois tiepao).

Ils s'en servent aussi contre les armées chrétiennes à la bataille de Liegnitz (9 avril 1241).

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Reconstitution de 'pots à feu' en terre cuite réalisée parDame Brunehaut pour le Collectif 1186-583
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