Message 09 Oct 2005, 14:00

Le Guerrier Nomade

Le Guerrier Nomade


En premier lieu, chez le pasteur-nomade tout homme libre est, par cela même, un guerrier-né.

Libre en ce sens qu'il n'est pas esclave, il n'en relève pas moins d'une certaine forme de hiérarchie remontant de l'individu au petit groupe-clan, à la tribu et à la "peuplade" de langue et croyances communes.
Paradoxalement, malgré de violents affrontements internes (surtout pour la disposition des meilleurs pâturages ou à la suite de vols de bétail) les nomades sont certainement plus solidaires face à un ennemi commun que ne l'est le "tandem" citadin-villageois.

La guerre est l'une des activités principales des nomades. Chez certaines tribus, on juge un homme à la quantité d'ennemis tués à la fin de l'année. La mort au combat est la plus belle des morts, et il est honteux de mourir de maladie : ceci explique le courage du guerrier nomade.

Chez les Scythes la selle était décorée des scalps des ennemis, dont la peau est tannée pour faire office d'ornement, et le crâne vidé pour servir de coupe et boire son sang. Cette dernière coutume perdurera sous une forme plus cérémonieuse dans les siècles suivants.

Au départ, le guerrier s'arme et s'équipe normalement à ses propres frais. ( La richesse de ses armes et équipements est le signe de sa condition sociale). S'il en est réduit à avoir recours à l'aide de son "supérieur" direct, ce recours se traduit, implicitement, par un resserrement de la subordination. ( Ces pratiques préfigurent, dans une certaine mesure, celles des Vikings et aussi celles de la féodalité).

Le nomade n'ignore pas certaines des nouveautés techniques; en particulier ce qui se rapporte à la guerre et à la parure. C'est lui, d'ailleurs, qui a domestiqué le cheval .

L'art de ma métallurgie et le travail du bois sont, en général, considérés comme indignes de l'homme-guerrier ( qui surveille son troupeau, se délasse dans la chasse, considère le combat comme son "métier" spécifique).

Ce sont donc des spécialistes, soit capturés dans des villes prises et pillées, et réduits en esclavage, soit des artisans itinérants - qui ne courent pas le risque de mauvais traitements - qui pratiquent le plus souvent l'art du métallurgiste pour le nomade.

Leurs oeuvres, en règle générale, n'ont rien à envier au plan technique et/ou artistique à celui des réalisations des sociétés sédentaires.

Pour le combat, le guerrier nomade compte avant tout sur l'extrême violence du choc initial, reposant sur une hardiesse sans limite. Mais, toute combinaison tactique ne lui est pas étrangère (reprenant ainsi son âme de chasseur). Le courage n'est pas une qualité; c'est une "propriété naturelle" de l'homme libre-guerrier, comme l'ouïe ou la vue.

Chez certains, le culte de la bravoure pousse à dédaigner les équipements défensifs. ( Constante qui se retrouvera longtemps chez les "barbares" ; les Romains affronteront des gaulois dont certains se présenteront au combat totalement nus).
La ruée simpliste offre d'écrasantes victoires, mais aussi de sanglantes défaites si le défenseur a repoussé le premier élan. L'échec est alors souvent suivi d'un subit effondrement du moral - ce qui ne veut pas dire du courage.
Naturellement, le nomade méprisera toujours la bataille compassée et évitera la bataille rangée.
Par la suite et dés lors formant une armée ‘régulière et professionelle’ le nomade va savoir s’adapter aux nouvelles exigences de la guerre. Gengis Khan imaginera des tactiques particulièrement efficaces, rendues possibles seulement par la discipline et l'entraînement de ses armées.


De manière qui peut sembler paradoxale, le culte du courage du nomade/guerrier n'empêche pas la recherche de la surprise, de l'embuscade ou autres stratagèmes, ni l'emploi de la trahison pour la prise d'une ville. Ces procédés ne sont nullement considérés comme déshonorants, car seul le résultat compte. Ils sont également directement dérivés des procédures de la chasse (l'ennemi remplaçant le gibier).

Autre mode d'action : l'emploi raisonné de la terreur par le massacre des non combattants - sauf ceux qui présentent un intérêt. Une ville se rendra et paiera tribut si, non loin de là, ceux qui ont osé résister ont été massacrés et leur ville rasée.
Che Khan, votre humble serviteur
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