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La Bataille de Manzikert, 26 août 1071

MessagePublié: 11 Nov 2006, 16:40
par Nagaï Mergen
La Bataille de Manzikert, 26 août 1071

La Bataille de Manzikert est une bataille qui voit s’affronter les Türks Seldjoukides à l'Empire Byzantin, le 26 Aout 1071.

La date et l'endroit réel de la bataille sont incertains. La date peut fluctuer entre le 5 août et le 26 août. Par contre, les historiens musulmans sont unanimes ; elle a eu lieu un vendredi et Michael Attaleiates dit que c'était une nuit sans lune. Le jour le plus propice serait donc le 26 août.

Quant à l'endroit le plus susceptible c'est une steppe assez plate ce terminant par un terrain plus accidenté de collines et de ravins (idéal pour un guet-apen). On le suppose à environ un mille ou deux de la forteresse de Manzikert (actuellement Malazgirt en Turquie).


Contexte Général :

Depuis 1048, les Türks Seldjoukides multiplient les incursions et les pillages dans les terres byzantines de l’Arménie et du centre de l’Anatolie. En 1064, Ani, capitale du royaume d’Arménie passe sous le contrôle du sultan Alp Arslan.

Entre 1068 et 1070, Romain IV Diogène, l’Empereur de Byzance, lance une série de campagnes destinées à mettre fin à leurs incursions incessantes. Sans succès militaire réel, il débouchent néanmoins sur une trêve avec le sultan. Son incapacité à contrer définitivement cette menace fragilise son pouvoir.

Romain IV Diogène prépare une nouvelle expédition pendant l'hivers 1070-1071. Au printemps, il réunit son armée et progresse à travers l’Asie mineure par Sebasteia (actuellement Sivas) jusqu’à Theodosioupolis (actuellement Erzurum) où il arrive fin juin.
Là, il achève la concentration de ses forces.

Pendant ce temps, Alp Arslan au début 1071, conduit son armée contre les Fatimides en Syrie et s’empare de la forteresse byzantine de Manzikert puis assiège celle d’Edesse. En février, un ambassadeur de Romain IV Diogène le rejoint pour engager de nouveaux pourparlers. Une trêve est à nouveau conclue.

Alp Arslan lève le siège d’Edesse et conduit son armée au sud pour assiéger la cité fatimide d’Alep.

Mais deux mois plus tard, le sultan reçoit une deuxième ambassade de Romain IV Diogène qui cette fois-ci exige la restitution des forteresses prises en Arménie, dont Manzikert, en échange de la forteresse de Hiérapolis (actuellement Manbij en Syrie). En cas de refus, Romain IV le menace de lui déclarer la guerre.

Au même moment, le sultan apprend l'arrivée de l'armée byzantine en Arménie. Considérant cette avance comme une menace d’invasion imminente, il lève le siège d'Alep et se dirige en toute hâte vers l’Est ne prenant avec lui que sa garde personnelle.

L’ambassadeur byzantin décrit à Romain IV Diogène le départ précipité d'Alp Arslan d’Alep comme une véritable débandade. Une partie de ses généraux lui conseillent de fortifier ses positions en Arménie en attendant l'arrivée des Türks alors que d'autres sont d'avis de porter la guerre directement chez les Seldjoukides.

L'empereur décide de reprendre les forteresses de Manzikert et de Khliat (moderne Akhlat). Mais alors que les Byzantins croît Alp Arslan encore loin, il est tout proche, informé des faits et gestes de l'armée byzantine grâce au travail efficace de ses éclaireurs et de ses espions.

En effet, jugeant la situation très grave, il n’est pas retourné au cœur de son empire pour rassembler ses troupes mais les fait plutôt appeler à le rejoindre.
Son armée réunie, il se dirige vers Khliat où il envoie en avant-garde un de ses officiers, le türk Soundaq, qui s’était déjà distingué en Asie Mineure et en Syrie.

De son côté, l'empereur byzantin envoie, lui aussi, une avant-garde en direction de Khliat.
Cette avant-garde est sous les ordres de Roussel de Bailleul. Elle est composée d’un corps de combattants "Francs" (Normands) ainsi que d'un corps d'alliés Petchenègues.
Romain IV Diogène, avec le reste de son armée, se dirige vers Manzikert et prend la forteresse.

Bien à l’abri dans la forteresse, il décide de diviser son armée en deux et d’envoyer la partie la plus expérimentée (ses troupes de mercenaires de 20 000 à 30 000 hommes selon les sources) sous les ordres du magistros Joseph Tarchaniôtès pour renforcer le contingent de Roussel de Bailleul devant Khliat (il est possible que ce contingent comprenait des Varègues car une source musulmane parle de « russes bardés de fer).

Pour des raisons que les sources ne nous permettent pas d'élucider avec certitude, les troupes de Joseph Tarchaniôtès et de Roussel de Bailleul rebroussent chemin, bifurquent à l'ouest en direction de Mélitène (actuellement Malataya) et se retirent en territoire byzantin sans que Romain IV Diogène en soit avertis. De forte présomption de trahison pèsent néanmoins sur la tête de Roussel de Bailleul (voir ici).

Alp Arslan adresse alors à Romain IV Diogène, par l’intermédiaire d’un envoyé, des propositions de paix que Romain IV Diogène rejette, imprudemment.

Quelques jours après la prise de Manzikert, les soldats byzantins qui sortent fourrager sont tués ou fait prisonniers par l’avant-garde de Soundaq.
Les attaquent du camp se multiplient. Les Seldjoukides emploient la tactique habituelles des peuples de la steppe. Ils visent à attirer les byzantins hors de leur retranchement dans des poursuites conduisant à des embuscades préparées à l’avance et cette tactique fonctionne.

Lors d’une sortie contre les turcs, Nicéphore Bryenne est mis en difficulté et blessé. Il reçoit avec un peu de retard le secours de Nicéphore Basilikès, chef des contingents arméniens de Syrie et d’Arménie. Ce dernier met les turcs en fuite mais sa troupe perd sa cohésion dans la poursuite. Une contre-attaque turque le met en déroute et Basilikès est
capturé.

Pendant ce temps, l’Empereur a rangé son armée en ordre de bataille en attendant une confrontation qui ne vient pas. Au soir, il regagne son camp. Dans la nuit, un contingent de Türks Oghouz fait défection et passe à l’ennemi, causant un grand désarroi au sein de l’armée.

Romain IV Diogène craint la trahison d’autres alliés turcs encore présents. Il est conscient qu’il ne peut laisser se prolonger cette situation et qu'un climat de méfiance est nuisible à la cohésion nécessaire de ses troupes disparates. Il lui faut intervenir.

La Bataille :

Au matin du 26 août, il conserve une indiscutable supériorité numérique mais son armée n’est pas homogène.

Il dispose d’un nombre élevé de troupes d'alliés issus de différents groupes ethniques (quelques Türks Oghouses, des Petchenègues, des Bulgares, des Valaques, etc.) installés dans l'empire. Son armée comprend également des contingents d'Arméniens. Les byzantins
y sont représentés dans les tagmata d'Occident et des troupes levées en Asie Mineure.
Enfin, il peut compter sur les troupes d’élites de l’Hétairie et des Archontes.

L'empereur divise son armée en quatre corps :

- aile gauche : Nicéphore Bryenne avec les tagmata d'Occident (comprenant des Bulgares) qu'il commandait en Asie Mineure depuis plusieurs années.
- aile droite : Théodore Alyatès avec les troupes levées en Asie Mineure et notamment en Cappadoce.
- centre : Romain IV Diogène avec sa garde.
- arrière-garde : Andronic Doukas avec les troupes de l'Hétairie et des Archontes.

Il emploi un système qui a fait ses preuves et que l'armée byzantine a développé depuis des siècles. une tactique propre à contrer des troupes d’archers montés. Elle repose avant tout sur le maintien de la cohésion des troupes réparties en corps qui se soutiennent mutuellement et qui forment une véritable forteresse mobile contre laquelle des cavaliers légers sont impuissants tant qu'elle reste unie (malheureusement, au matin du 26 août, la cohésion de l’armée byzantine est déjà largement ébranlée).

Les alliés Türk Oghouses et Petchenègues sont disposés sur les deux ailes afin de constituer un écran défensif de cavalerie légère.

En face, Alp Arslan a peut être réuni 30 000 cavaliers. Son armée ne comprend que sa garde personnelle composée de 4000 ‘ghulams’ (des esclaves soldats constituant une élite militaire). Il a également recruté 10 000 cavaliers kurdes en Azerbaïdjan. Enfin, des chefs türks ont du répondre à son appel et lui fournir des contingents de guerriers nomades.

Les türks seldjoukides pratiquent le combat traditionnel des peuples de la steppe, fait de harcèlements, de fuites simulées afin de rompre la cohésion de l'ennemi pour l'entraîner dans des embuscades. Alp Arlan garde cette stratégie qui lui a si souvent réussi.

Ainsi, au matin du 26 août 1071, Romain fait sortir toute son armée en ordre de bataille.
L'armée byzantine avance vers les Türks mais ceux-ci refuse le contact et combattre employant la mobilité de leurs archers à cheval pour décimer les Byzantins qui avancent.

Après plusieurs heures de combat indécis, l’Empereur byzantin commande le retrait, prévoyant de retourner à son camp pour la nuit. Le retrait ne s’effectue pas aussi ordonné que l'avance, et quelques trouées se sont ouvertes dans la ligne.

Les Türks redoublent de force pour harceler les colonnes qui retraitent. A ce moment, l'empereur donne l'ordre à son armée de retourner au combat et de contre attaquer.

Mais, l'arrière-garde, commandé par Andronic Doukas, qui trahi son Empereur, ignore l’ordre et continue à se diriger vers le campement.

Dès que l'arrière-garde s’éloigne, les Türks débordent les Byzantins et réussissent à les encercler. Pour rendre les choses plus mauvaises encore, un flanc de l'armée byzantine est suffisamment éloignée de la force principale pour qu'elle soit forcée de combattre séparément.

Sa ligne brisée l’armée byzantine est maintenant totalement à la merci des cavaliers seldjoukides.

Les Byzantins vont se défendent avec acharnement jusqu'à la nuit, mais l'empereur lui-même fini par être capturé et une grande partie de son armée est détruite.

Curieusement, Alp Arslan ne cherche pas à exploiter son succès. Il le traite avec les honneur, le libère et lui rend ses terres.

Après la Bataille :

De retour à Constantinople, il fut déposé par son beau-fils Michel VII Doukas. Michel VII lui fait crever les yeux et le fait enfermer dans un monastère, où il meurt quelques jours après. Romain IV Diogène fut inhumé dans l'île de Proti.

Les conséquences de cette défaite sont dramatique : un état seldjoukide permanent est désormais présent en Anatolie (les Türks n'arrêterons plus d'harceler l’empire byzantin) et la succession de ‘Romain IV’ déclenchera une guerre civile au sein de l’empire.