Message 30 Sep 2005, 09:28

La Ger : une image de la société

La Ger : une image de la société

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La yourte, chez les "Peuples Cavaliers" a toujours été le reflet d'une certaine organisation sociale. Quelque peu différentes selon les époques et les peuples, je vous présente ici celles liées à la yourte chez les Mongols.

La répartition de l’espace à l’intérieur de la Ger (yourte mongole) répond à des règles strictes, à la fois fonctionnelles et symboliques.

Le centre est l’endroit le plus sacré. On y trouve le foyer, symbole de la vie, qui ne doit jamais s’éteindre. Son support est fait de trois pieds, soutenant un nombre impair de cercles de fer (3,5 ou 7), car il convient qu’un cercle de malheur’ soit toujours inclus entre deux ‘cercles de bonheur’.
Dans le chaudron, posé en permanence, on fait cuire les laitages et les viandes. Par sa fumée qui monte droit au ciel, le feu symbolise aussi la dimension verticale de la vie, le lien des hommes avec le ciel-dieu.

C’est à la maîtresse de maison qu’il appartient d’entretenir le foyer. Si elle est mère de famille, elle peut, dans l’accomplissement de cette tâche, parler et agir à sa guise, son rôle de ‘vestale’ lui conférant une dignité et une autorité qu’elle n'a pas dans d’autres domaines.

Le seuil de la yourte est également sacré. De nombreux interdits , allant jusqu'à la peine de mort, frappaient ceux qui le heurtaient et était signe d’un grand malheur pour le propriétaire.

Jean de Plan Carpin en fait mention lors de son voyage en 1246 et qu'il rencontre Güyük (qu'il nomme Cuyné dans son récit) :

En ce lieu même où l'empereur Cuyné fut mis sur son trône, nous fûmes appelés vers lui, et comme Chingay, son premier secrétaire, eut pris nos noms par écrit, aussi bien que les noms de ceux par qui nous étions envoyés, avec celui du duc des Solangues et d'autres encore, il cria à haute voix, les récitant tous l'un après l'autre devant l'empereur, ses princes et seigneurs. Cela fait, chacun de nous fléchit par quatre fois le genou gauche, et fûmes avertis de ne pas toucher le seuil de la porte : puis nous ayant soigneusement fouillés pour voir si nous ne portions point de couteaux, et n'en trouvant point, nous entrâmes dedans la tente par la porte du côté d'orient, car par la porte d'occident nul n'y ose entrer que l'empereur. Tous les autres grands ducs en font de même en leurs tentes, mais les autres moindres n'y regardent pas de si près.

Mais la yourte n’est pas seulement un habitat familial au sens restreint du terme. Elle est aussi un lieu de rencontres domestiques entre parents et voisins du même aïl (la famille élargie) avec qui l’on vit et nomadise. Elle est surtout le lieu de rencontres sociales avec les hôtes de passage (car dans la steppe on voyage beaucoup)

Dans la yourte, deux axes s’entrecroisent, l’un Nord / Sud, l’autre Ouest / Est et déterminent quatre quartiers dans lesquels chaque personne et chaque chose se situent à la place exacte qui leur revient dans la famille et la société.

L’axe Nord / Sud sépare la vie sociale, prérogative des hommes (à l’ouest) de la vie domestique des femmes (à l’est). L’axe Ouest / Est délimite la zone de repos des aines (au nord) de la zone de travail des cadets (au sud).

Le rang honorifique va en décroissant du nord au sud. Tout au fond de la yourte (au nord car l’entrée est toujours sorientée au sud) se trouve un autel ou une étagère jadis destiné aux ancêtres ou aux divinités.

Un ordre similaire est observé pour les objets.

On trouvera à l’ouest, adossés ou accrochés au treillis mural, les coffres contenant l’argent, les bijoux, les vêtement, les armes (épée, arc, carquois) du maître, sa selle et le harnais de son cheval préféré et enfin, prés de la porte, l’outre de lait caillé.

A l’est - du côté des femmes - on trouve le lit conjugal, les sacs de provisions, les ustensiles de cuisine et de ménage, la selle de la maîtresse de maison, les quartier de viandes mis à sécher, les outres de beurre et de fromage.

Les lits sont toujours disposés la tête au nord. Si par la suite de l’absence d’un des membres de la famille, un lit se trouve inoccupé le soir, on y dispose un objet à pointe ou à lame (une épée ou un coutelas) . Le but de cette pratique, héritée du chamanisme’ était d’empêcher les mauvais esprits d’occuper le lit vide.
Dame Annick, Aide de Camp de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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