Message 24 Fév 2008, 20:03

La Symbolique de l’Aïrag

La Symbolique de l’Aïrag

Honorer le Tengri (Ciel Bleu Eternel), honorer les esprits, honorer celui qui vient, honorer celui qui part s’exprime dans la société mongole par des aspersions d’Aïrag.

Pour ce faire, un instrument spécial est utilisé, le tsatsal, de tsatsax (asperger). cet objet à la forme d’une louche plate ou d’une petite pelle percée de neuf trous.

Cette louche est accrochée non pas dans la partie féminine de la cuisine mais au fond de la yourte à l’ouest, du côté honorifique et près des tamga (tampons destinés à marquer le bétail), Elle est est utilisée pour l’offrande du premier aïrag et lors du départ de quelqu’un pour un long voyage. Dans ce cas, l’offrande est destinée à "blanchir la route", ce qui signifie souhaiter un bon voyage tout en invoquant la protection des esprits.

L’aspersion du lait peut être pratiquée indifféremment par les femmes ou par les hommes.

Mais il faut distinguer les libations ou offrandes faites dans le cadre du culte domestique et celles relatives à des rituels publics.

Le premier cas renvoie à la demande de protection de la famille et de son bétail. Tous les produits laitiers sont autorisés et l’homme et la femme peuvent officier. C’est le cas de la bénédiction de la nouvelle yourte au moment du mariage ou encore de l’installation à un nouveau campement.

Par contre, les rituels publics mettent en jeu une demande de protection qui concerne toute la collectivité et renvoient de ce fait à une commensalité élargie. Dans ce cas, le rituel est réservé aux hommes et parfois même à une catégorie spécifique d’homme, le Chaman par
exemple.

En ce qui concerne les esprits, le processus est identique et seuls les rituels publics autorisent l’offrande de boissons alcoolisées tout en y associant par ailleurs d’autres types de dons (produits laitiers ou viande) et les cérémonies chamaniques comportent également de nombreux rituels d’offrande de viande et de produits laitiers.

Des libations sont destinées au tambour du Chaman, aux esprits, puis aux participants à la cérémonie.

Avant de commencer la séance, le chamane procède aux libations de lait qui vont "blanchir la route" des esprits et, à la fin du rituel, des libations permettront de blanchir à nouveau la voie que les esprits emprunteront pour leur départ.

A la fin du rituel, il est d’usage de remercier par des laitages tous ceux qui ont participé au rite d’appel de prospérité des troupeaux.

Ainsi, le maître et la maîtresse de maison doivent leur "blanchir les mains".

Tous les convives récitent une bénédiction et prononcent des paroles fastes et des souhaits de bonheur avant de recevoir des présents.

Si l’on honore les esprits de la nature, elle reçoit au même titre une coupe du premier aïrag de l’année.

Le bol offert ne sera pas bu par les humains, mais offert à la nature en fin de journée. Par contre la viande pourra être consommée car les esprits recevront également l’offrande du deez, c’est à dire de la viande de chaque mouton tué, que ce soit en période festive ou au cours de l’année (le deez représentant le morceau de choix, par exemple le gras du mouton, ou encore le dessus du bol, ce qu’il y a de plus neuf, de plus frais).


Il est à noter que le rituel de ‘blanchir la route” tout en invoquant la protection des esprits. lors du départ de quelqu’un pour un long voyage est toujours célébré actuellement en Mongolie.
Qüyildar, Chaman de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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