Message 28 Sep 2005, 20:50

Les Ouïghours

Les Ouïghours


Au milieu du VIIIème siècle, succédant aux Türks Tujue, apparaissent les Ouïghours. Il s'agit d'une population également d’origine turque, faisant partie des grandes tribus Oghouz, originaires de l’Orkhon en Mongolie .

Le Khanat ouïgour, avec pour capitale Karabalghasun située sur la rivière Orkhon, s’étend depuis l’Altaï jusqu’en Mandchourie et au sud au désert de Gobi. Si son centre de gravité n’est pas situé au Xinjiang, son influence culturelle s’étend déjà sur la région. Ce puissant Etat entretient des relations diplomatiques, militaires et commerciales suivies avec la Chine des Tang qui étend sa puissance sur le bassin du Tarim et la Djoungarie depuis le milieu du VIIème siècle.

La défaite de Talas face aux Arabes en 750 et surtout la rébellion de An Lushan (755-763) marquent la fin de la présence des Tang dans ces deux régions. Du côté ouïghour, à partir de 763, le manichéisme devient la religion officielle du Khanat.

En 840, suite à la défaite face aux envahisseurs kirghiz , un grand nombre de Ouïghours émigrent vers l’ouest. Ils pénètrent dans la région actuelle du Xinjiang et transfèrent leur capitale des bords de l’Orkhon à Beshbalik alors que Turfan (connue à l’époque sous le nom de Qocho) devient la seconde capitale du nouvel Etat. Ce " Royaume des Ouïghours occidentaux " domine la région entre 840 et 1284.

Progressivement, les Ouïghours abandonnent leur mode de vie nomade pour adopter celui plus policé des populations sédentaires indo-européennes des oasis. Ils finissent par se mélanger à elles. La langue ouïghoure remplace ainsi le Tokharien, langue indo-européenne parlée jusque là par les populations locales.

De cette fusion entre nomades et sédentaires naît la brillante civilisation de Kocho. Sur le plan religieux, les populations de la région pratiquent le manichéisme, le bouddhisme ou le christianisme nestorien.

L’islamisation de la zone est progressive. Les agents de sa propagation sont au XIème et XIIème siècles les Karakhanides (998-1212), première dynastie islamique turque, qui lancent des campagnes militaires contre les bouddhistes à partir de Kachgar. Les Karakhanides gardent le contrôle du sud et de l’ouest du bassin du Tarim jusqu’en 1141, date de leur défaite face aux Kara Khitaï.

Malgré sa propagation et avant de s’imposer définitivement, l’islam affronte un retour du bouddhisme et même du christianisme sous l’influence de la dynastie des Kara-Khitaï (1124-1211) qui détruit le khanat musulman de Kachgar. Le bouddhisme se perpétue d'ailleurs dans certaines parties de la région (Turfan et Hami) jusqu’au XVIème siècle.

Aux Kara-Khitaï succèdent les Mongols qui conquièrent l’ensemble des bassins du Tarim et de la Dzoungarie en 1218.

En 1209, le royaume ouïghour de Kocho se soumet volontairement à Gengis Khan. Les Ouïghours fournissent aux Mongols leur alphabet mais aussi des administrateurs pour leur nouvel empire. Sous la dynastie mongole des Yuan qui règne en Chine de 1277-1367, la région fait brièvement partie de l’Empire avant d’être placée dès les années 1320 sous l’autorité complète des Djaghataïdes. C’est sous cette dynastie mongole que la conversion totale de la région à l’islam est acquise.

Entre le XIVème et le XVIème siècles, les artisans de cette islamisation sont les cheiks de l’ordre soufi des Naqshbandis. En 1513, avec l’annexion de Hami par Mansur Khan (Djaghataï de l’est), le nom même de " Ouïghour " disparaît. Il ne refait surface qu’au début du XXème siècle sous l’influence du nationalisme turkestanais .

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Che Khan, votre humble serviteur
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