Message 01 Mars 2009, 09:21

Le Shatar (Jeu d’Echecs Mongol)

Le Shatar (Jeu d’Echecs Mongol)

Introduction :

La légende la plus célèbre sur l'origine du jeu d'échecs est sans aucun doute l'histoire du roi Belkib, vivant aux Indes, 3 000 ans avant notre ère.
Après avoir tout vécu, cherchant à tout prix à tromper son ennui, il promit une récompense exceptionnelle à qui lui proposerait une nouvelle distraction qui le satisferait.

Le sage Sissa, fils du Brahmine Dahir, lui présenta le jeu d'échecs.

Le souverain, comblé, demanda à Sissa ce que celui-ci souhaitait en échange de ce cadeau extraordinaire.
Humblement, Sissa demanda au prince de déposer un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l'échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. Le prince accorda immédiatement cette récompense en apparence modeste, malgré l’avis de son conseiller qui lui expliqua qu'il
venait de signer la mort du royaume, les récoltes d’une année complète ne suffisant pas à s'acquitter du prix du jeu.

En effet, suite à un petit calcul , sur la dernière case de l'échiquier, il faudrait déposer plus de neuf milliards de milliards de grains (9 223 372 036 854 775 808 grains précisément), et y ajouter le total des grains déposés sur les cases précédentes, ce qui fait un total de 18 446 744 073 709 551 615 grains.

Si cette histoire est une légende, l’ancêtre connu le plus ancien du jeu d'échec provient bien de l’Inde, le chaturanga.

Les sources les plus anciennes le mentionne entre les Vème et VIIème siècles. Deux passages de textes sanskrits confirme l'existence du jeu sans donner d'autres informations.
Il s'agit de Vasavadatta, écrit en 600 par Subandhu qui évoque des joueurs d'échecs, et surtout de Harshascharita, écrit par Bana vers 625. Il décrit The Aashtapada, un échiquier de 64 cases, qui permet d'apprendre le Chaturanga, le nom sanskrit des échecs.

Ces livres permettent de prendre connaissance des pièces du jeu symbolisant celles d'une armée en bataille : fantassins, cavaliers, chars et éléphants.

Le jeu se transmet par l’Inde à la Perse aux alentours de l’an 600 où il devient le chatrang.

Lorsque les Arabes envahissent la Perse, ils l’adoptent sous le nom de shatranj. Les échecs connaissent alors un développement remarquable. C’est au cours des IXème et Xème
siècles qu’apparaissent les premiers champions et les premiers traités. Les pièces sont stylisées en raison de l’interdiction, chez les Musulmans, de représenter des êtres animés.

On retrouve alors :

- le Roi (Shâh, c'est lui qui donne son nom au jeu) se déplace d’un pas dans toutes les directions.

- le Conseiller (Farzin ou Vizir) dont le mouvement est limité à une seule case en diagonale.

- les Eléphants (Fil) avec un déplacement correspondant à un saut de deux cases en diagonale.

- les Chevaux (Faras), identique au Cavalier moderne.

- la Tour (Roukh), identique à la Tour actuelle.

- le Soldat (Baidaq), l’équivalent du Pion, mais dépourvu du double pas initial.

Les Tours était parfois remplacées par un char de guerre.

Un jeu très similaire était également connu en Chine, le xiangqi, dont les plus anciennes traces remonteraient à 569 , mais son existence est attestée avec certitude en 800.


L’arrivée du jeu d’échecs en Occident se fait sans doute par l’Espagne musulmane aux alentours de l'an mille, voire par l’Italie du sud. Le jeu que Charlemagne aurait reçu de la part du calife Haroun al-Rachid, conservé à la Bibliothèque Nationale de France, a été en fait fabriqué près de Naples à la fin du XIème siècle.

C’est en 1010 que sa première mention écrite apparaît, trouvée dans un testament du comte d'Urgel, en Catalogne.

Dès son arrivée dans la Chrétienté, l’échiquier et les pièces s'occidentalisent.

Le plateau devient bicolore avec des cases rouges et noires et qui deviendront plus tard blanches et noires.
Le Vizir, de tradition orientale, devient une jeune vierge, puis une reine.
L'Eléphant se transforme en Fou (du Roi ?)

Certaine règles de modifient comme celle du Pion qui peut avancer de deux cases à son premier mouvement.

Mais l’évolution la plus importante a lieu à la fin du Moyen Age. En effet, vers 1475 en Espagne les mouvements limités de la Reine et du Fou sont remplacés par ceux que nous connaissons actuellement.
Le jeu devient tellement rapide qu’on juge préférable et poli, d’annoncer “Échec au Roi” et “Gardez la reine” à son adversaire en mauvaise posture.

Le Jeu d’Echecs chez les Mongols :

On dit que les Mongols empruntèrent le Jeu d’échecs aux Perses, lors de la conquête de l’Empire du Khârezm par Gengis Khan au XIIIème siècle. En effet, les règles et la forme des pions du Shatar se rapprochent davantage des échecs indo perses que du “Xiang qi” chinois.
Ils nommeront le jeu , le Shatar.

Nous retrouvons les pièces classiques des échecs perse légèrement modifiées selon les goûts mongols

- Le Noyan (le Roi) : Le terme provient de l’époque de Gengis Khan, et désigne un haut dignitaire, fréquemment assis. En règle générale, un camp dispose d’un vieux Noyan et l’autre d’un jeune.

- Le Bers (la reine): Le nom désigne une panthère des neiges, bien que la pièce représente parfois d’autres animaux, sauvages pour un joueur - le lion et le tigre – domestiques pour le second -comme le chien ou le coq. Puisque le lion est inconnu en Mongolie, sa présence peut être l’indice d’une origine Perse. Le vocable « Bers » pourrait provenir d’une
déformation du Perse « Firz (an) » ou du « Fers » Turc. La pièce jouerait alors le rôle du Vizir (ou ministre du Xiang-qi), et non d’une reine.

- Le Temee (le Chameau) : La pièce figure le chameau de Bactriane, endémique. Espèce domestique employée pour le bât, et donc pour les campagnes militaires. Il incarne l’animal des batailles, et prend donc la place de l’éléphant du Xiang-qi et correspond à notre Fou.

- Mor (le cavalier) : Il est représenté par un cheval, dont l’importance dans le mode de vie nomade des tribus mongoles est, bien entendu prépondérante jusque dans le Shatar. Il est ainsi interdit de faire échec et mat avec celui-ci.

- Tereg (le Char) : Cette pièce prend la forme d’un chariot. Aussi étrange que cela puisse paraître, il en allait de même pour les ancêtres des échecs, y compris dans les variantes
indiennes (Chaturanga*) et chinoises. Ce sont les Perses et les Arabes qui changèrent par
la suite, le chariot en Tour, pièce qui arrivera également en Occident.

- Xüü (le pion) : Représentant un enfant, le Xüü doit être considéré comme un Bers en devenir, qui sera promu une fois la dernière rangée atteinte. Au Shatar, il peut également revêtir l’apparence de petits animaux, de musiciens ou bien encore de prisonniers. En général, chaque pion a une forme bien distincte.

Les règles du jeu :

Une partie de Shatar oppose deux joueurs au cours d’une partie d’une à deux heures.
Comme aux échecs traditionnels, les Noyan sont à la droite des Bers pour les deux camps, bien que certains joueurs préfèrent mettre les rois face à face.
Les déplacements sont identiques à ceux des échecs, à quelques exceptions près :

• Lorsque les Noyans ne se trouvent pas dans la même colonne, aucun pion ne peut franchir deux cases au départ. Dans le cas inverse, le premier mouvement doit immanquablement être un mouvement de deux cases du pion situé devant le Bers.
• La “prise en passant” n’existe pas.
• Un Pion atteignant la dernière rangée est promu en Bers (uniquement mais sans limitation).
• Selon la période de l’année, le Bers peut bouger différemment. Durant une certaine saison, il bouge donc comme une tour promue du Shogi (déplacements d’une Tour et d’un Roi aux échecs traditionnels).
• Dans certaines variantes, le Chameau évolue en diagonale sur une distance d’une à trois cases et non comme le Fou.

Il existe toutefois d’autres déclinaisons moins importantes.

Selon la manière de faire échec, un nom différent est attribué à la manœuvre :
• « Shak », si c’est un Bers ou un Chariot qui fait échec.
• « Tuk », si c’est un Chameau
• « Tsod », si c’est un Pion

Enfin, il est interdit de faire échec et mat à l’aide d’un Cavalier. La victoire n’est possible qu’avec un “Shak”(ou une succession d’échecs contenant un “Shak”). Le match nul est appelé “Niol”. Quand un joueur perd toutes ses pièces à l’exception du roi, il y a match nul, c’est le “Robado”. Un roi immobilisé perd la partie.

Les pièces du jeu, généralement sculptées par des artistes dans de la pierre, du bronze ou autre métal voire de l’ivoire, sont de véritables objets de collection. L’échiquier, monochrome jusqu’à l’issue de la deuxième guerre mondiale, changea alors sous l’influence russe.

Merci à Rubedo, samourai du Clan Takeda, pour les informations sur le Shatar.
Nagaï Mergen, Commandant du Barun-Gar de l'Ordoo du 'Corbeau Rouge'
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