Message 02 Oct 2010, 19:49

L’Alliance Franco-Mongole au Moyen Orient.

L’Alliance Franco-Mongole au Moyen Orient.


Introduction :

Attention, lorsque je parle de l’Alliance “Franco-Mongole” il faut lire, une alliance entre les Francs et les Mongols, les “Francs” représentant, à cette époque, cette partie de l’Europe occidentale présente au Moyen-orient (en Terre sainte).

En effet, entre le milieu du XIIIème siècle et le début du XIVème siècle et plus particulièrement à partir la septième croisade, de nombreuses tentatives ont été menées
afin de former une alliance franco-mongole qui aurait lutté de concert contre les Musulmans du Moyen Orient.

Cette alliance apparaît comme un choix logique à cette époque. En effet, les Mongols faisaient preuve de sympathie envers le christianisme et nombre d'entre eux étaient nestoriens. Les européens étaient favorables à recevoir une aide venant de l'Est et se joignant à eux dans leur lutte contre les Musulmans.

Un choix logique, certes, mais pas forcément automatique.

En effet, les Arméniens et les Géorgiens n’avaient, finalement, pas trop tergiversé à devenir les vassaux des Il-Khan (Mongols d’Iran) et avaient, avec leur alliés Mongols,
participé énergiquement aux campagnes militaires en Syrie contre les Mamelouck d’Egypte.

Mais les royaumes d’Occident (France, Italie, Angleterre) voyaient les choses sous un autre angle.

Premièrement, l’idée de devenir vassal d’un khan mongol vivant presque de l’autre côté de la terre ne leur venait pas de manière naturelle (c’est le moins que l’on puisse dire).

Mais, surtout, la Chrétienté Occidentale était en conflit armé avec d’autres Mongols. Ceux qui appartenaient à la “Horde d’Or” et qui ravageaient les régions d’Europe centrale
(Hongrie, Pologne).

Comment avoir confiance aux Mongols d’Iran, alors que l’on combattaient les Mongols d’Europe asiatique ??

Etait-ce les mêmes ? Participaient-ils à un même plan de conquête ? Etaient-ils concurrents ?

Les informations que l’on avaient sur eux étaient pour le moins incomplètes.


Pourquoi l’Europe s’intéresse t-elle aux Mongols :

Des Türks musulmans du Khwarezm, eux-mêmes déplacés vers l'Ouest par l’invasion mongole, s'allient avec les Ayyoubides d'Égypte.

En 1244, dans leur élan, ils reprennent la ville de Jérusalem aux Croisés . Ce qui pousse le pape Innocent, au premier concile de Lyon en juin 1245 à préparer une nouvelle croisade (la septième).

Voyant les Musulmans en conflit avec les Mongols, dont certains sont convertis au christianisme (Nestoriens), les Européens reprennent courage et tente un rapprochement.

En mars 1245, le pape Innocent IV promulgue plusieurs “bulles” dont certaines sont envoyées à “l’Empereur des Tatars" par l’émissaire franciscain, Jean de Plan Carpin.

Dans la bulle “Cum non solum”, le pape Innocent demande au dirigeant mongol de convertir au christianisme et de ne plus tuer de chrétiens. Il exprime également un désir de paix.

Mais, le nouveau khan, Güyük, installé à Karakorum en 1246, répond au pape en demandant que lui et les dirigeants chrétiens viennent rendre hommage au pouvoir mongol et deviennent leur sujet (en résumé , leur vassaux)

« Vous devez dire d'une manière sincère: "Nous serons vos sujets, nous vous donnerons notre force". Vous devez venir en personne avec vos rois, tous ensemble, sans exception,
pour nous offrir vos services et nous présenter vos hommages. Ceci est la condition pour que nous acceptions votre requête. Et si vous ne suivez pas l'ordre de Dieu, et allez contre vos ordres, nous vous considérerons comme des ennemis »


Une autre mission, menée par le dominicain, Ascelin de Crémone, est envoyée en 1245 par le pape Innocent.

La mission rencontre le chef mongol Baïdju près de la mer Caspienne en 1247.

Baïdju, dont le plan était de capturer Bagdad, accueille favorablement la possibilité d'une alliance. Il envoie deux ambassadeurs, Aïbeg et Serkis, à Rome où ils restent environ un
an. Ils rencontrent le pape en 1248 et ce dernier réitère son souhait de voir les Mongols stopper les meurtres de chrétiens.

Au Moyen-Orient, les tentatives les plus abouties sont, la relation suzerain-vassal entre les mongols et la principauté d'Antioche et les relations entre les royaumes chrétiens Géorgien
et Arménien de Cilicie qui combattrons sous la bannière mongole avec beaucoup d'enthousiasme à attaquer les cibles musulmanes.

Le succès le plus notable de cette collaboration eut lieu en 1260, quand la majeure partie de la Syrie est brièvement conquise grâce aux efforts conjoints des Mongols d’Iran et des
chrétiens d'Arménie et d'Antioche.

Mais la situation géo-politico-religieuse au Moyen Orient est loin d’être simple et les Eglises Chrétiennes, elle-même, sont loin d’être unies.

Ainsi, lorsque Bohémond IV d’Antioche se soumet à Hülegü Khan en 1260, un représentant mongol et une garnison sont stationnés dans la capitale d'Antioche (ils resteront jusqu'à la destruction de la principauté par les Mamelouks en 1268.
Mais, les Mongols demandent également à Bohémond IV (chrétien de Rome) d'accepter la remise en fonction du primat de l'Église orthodoxe, Euthymius II d'Antioche, afin de renforcer les liens entre les mongols et les byzantins.

En récompense de son allégeance, Hülegü Khan redonne à Bohémond IV tous les territoires qu'Antioche avait perdu au profit des musulmans en 1243. Mais, à cause de ses relations
avec les Mongols et le remise en fonction du primat orthodoxe, Bohémond est excommunié par le pape Urbain IV et ce jusqu'en 1263.

De plus, les Francs d'Acre au cours de la même année rentrent dans une trêve passive avec les Mamelouks égyptiens. Cette neutralité inhabituelle de la part des Francs permet aux
Égyptiens musulmans d'avancer plus au nord de la Palestine et d'obtenir un succès historique contre les Mongols à la Bataille d'Aïn Djalout.

En 1274, David d’Ashby, moine dominicain d’origine anglaise, est chargé par Hülegü Khan d’une mission en Europe et rencontre le Pape Grégoire X pendant le deuxième
concile de Lyon en 1274. Il était accompagné par un certain Rychaldus , un homme au service des Mongols ainsi que par 14 dignitaires mongols.



Entre 1281 et 1312, les Mongols d’Iran envahissent de nouveau la Syrie , faisant appel quelquefois à des opérations conjointes avec les Européens, même si les difficultés
logistiques, alors très importantes, résultaient souvent dans l'impossibilité de coordonner les actions et par l'arrivée de troupes que plusieurs mois plus tard.

C’est Rabban Cauma qui part pour l’ Europe entre 1287 et 1288. Il est envoyé par Arghun Khan (Ilkhan d’Iran). Rabban Cauma était un moine nestorien (donc chrétien) et est né près Pékin.

Accompagné “d’hommes honorables”, Rabban Cauma s’embarque sur la mer Noire, rallie Constantinople, où il est reçu par le Basileus Andronic II (1282-1328). Il débarque à Naples et rencontre Charles II, puis se dirige vers Rome. Il s’adresse aux Cardinaux (car le Pape Honorius vient de mourir) et leur dit :

“Beaucoup de nos pères sont entrés dans les contrées des Turcs, des Mongols et des Chinois, et les ont instruits. Aujourd’hui, nombre de Mongols sont chrétiens. Il y a parmi
eux des enfants de Rois et de Reines qui ont été baptisés et qui confesse le Christ. Ils ont avec eux des églises dans leurs camps; Le roi Arghun est uni d’amitié avec Monseigneur
le Patriarche. Il a l'intention de mener la guerre en Syrie contre les musulmans et demande votre aide pour délivrer Jérusalem”


La vacance du pouvoir pontifical permet à Rabban Cauma d’aller en France. Il passe par Gênes et est reçu à Paris par Philippe le Bel, auprès duquel il séjourne un mois. Il se rend
ensuite en Guyenne à la cour d’Edouard I d'Angleterre. Il achève l’hiver à Gènes et regagne Rome au moment ou Nicolas IV vient d’être élu souverain pontife (le 20 février
1288). Il va s’entretenir longuement avec lui et l’accompagne dans tous les offices de la semaine sainte.
Ainsi, si cette mission n’avait rien de religieux en soi, elle comble d’aise le Pape qui voit un de ces vœux les plus ardents en voie de ce réalisé : l’union des Eglise romaine et
chaldéenne. Hélas, cette union ne sera pas très solide. Les nestoriens du Proche-Orient, attachés à leur spécificité, reprendront leur indépendance.

En 1289, c’est au tour de Buscarel, un aventurier génois au service D’Arghum Khan d partir vers l’Europe. Ils est escorté par deux mongols, Tchagan et Kurdji, arrive à Rome,
d’ou ils se rendent à Paris. Là, ils rencontrent Philippe le Bel à qui ils remettent la lettre d’Arghum (cette lettre est toujours conservée aux Archives Nationales). Ensuite, ils se
dirigent vers l’Angleterre, où ils débarquent le 5 janvier 1290. Buscarel continuera d’accompagner d’autres missions et voyagera beaucoup entre l’Europe et l’Asie. On le verra chez lui, à Gènes, en 1291. Puis avec le mongol Köködeï, il portera un message au pape Boniface VIII.

En mars 1303, il est chargé, en compagnie de trois nobles mongols, de presser Edouard d’Angleterre. Il disparaît de l’histoire en emportant avec lui les excuses qu’Edouard présente aux Ilkans pour sa lenteur.


Finalement, ces alliances n'eurent que peu de succès et cessèrent tout à fait lors de la victoire des Mamelouks égyptiens.

1291 voit l'éviction des Francs en marque la fin définitive du royaume latin de Jérusalem et de la présence occidentale en Terre Sainte puis, en 1303, l’éviction des Mongols de
Palestine et enfin la signature d'un traité de paix entre Mamelouks et Mongols en 1323, le traité d'Alep.

Conclusions :

Ainsi, si il y a eu de nombreuses relations diplomatiques entre les Francs et les Mongols d’Iran, ainsi que plusieurs types de coopérations différents, il n'y eut pas de collaboration
militaire basée sur le long terme.


Les historiens d’aujourd’hui débattent encore du fait de savoir si une alliance entre les Francs et les Mongols aurait réellement changé la donne dans cette région du monde et si ce choix se serait révélé finalement profitable pour les Francs en Terre Sainte en particulier et pour l’Europe en général.

Certains se posent même la question sur la survie de l’Islam dans pareille alliance.

Ces questions resteront sans réponse !!
Che Khan, votre humble serviteur
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