Message 03 Oct 2005, 21:42

L’Europe et les Grandes Migrations

L’Europe et les Grandes Migrations


On ne peut plus nier l’importance qu’ont eu les "Peuples Cavaliers" eurasien sur la formation de l’Europe après la période romaine.
En effet, l’époque des Grandes Migrations (terme que l’on préfère maintenant et qui remplace petit à petit ‘les Invasions Barbares’), qui marque la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Age, est capitale pour l’histoire de l’Europe.

Les mouvements de peuples qui l’affectent au Vème siècle de notre ère, du Caucase à la Gaule, préparent son futur paysage géopolitique et ont favorisé le développement de traits culturels communs.

Le point de départ de cette évolution est marqué en 375 par l’arrivée des Huns dans les steppes de Russie méridionale. Son apogée culmine au milieu du Ve siècle avec « l’Empire d’Attila ». Quelques décennies après se produit la chute de l’Empire romain en 476 suivi de l’émergence des "Royaumes barbares d’Occident".

La première vague des Grandes Migrations, comprise entre le dernier tiers du IVème siècle et le milieu du Vème siècle, est caractérisée par la poussée des Huns, des Alains et des Germains orientaux, tels les Goths, les Vandales ou les Burgondes.

La seconde vague, qui va du milieu du Vème siècle à la seconde moitié du VIIàme siècle, coïncide avec l’activité des nomades türks, des Slaves, ainsi que des Germains occidentaux et septentrionaux, tels en particulier les Francs, les Saxons, les Angles, les Jutes et les Lombards.

Etablis jusqu’alors au-delà des frontières (limes) de l’Empire romain, qui sont marquées au Bas-Empire par le Rhin et le Danube, ces peuples sont qualifiés de ‘Barbares’ par le monde gréco-romain car ils échappent largement à son mode de vie, notamment urbain (ce terme n’a pas, à cette époque, de sens péjoratif).

Il est important de souligner qu’à part quelques peuples nomades, d’origine ougrienne ou turque, ces barbares ne sont pas des nouveaux venus en Europe. Les Germains en Europe centrale et septentrionale, les Iraniens (Alains ou Sarmates) dans les steppes de la Mer noire, les Slaves dans les forêts de l’Europe orientale, les Celtes dans les Iles britanniques se sont en effet constitués en tant que groupes ethniques et linguistiques dès l’Âge du Fer et l’époque romaine.

Les "Peuples Cavaliers" (nomades) de la steppe méritent donc une attention particulière car ils furent souvent à l’origine des migrations barbares dans l’Empire romain.
L’histoire de la grande steppe eurasienne est marquée par les ravages des hordes nomades qui, dans leur avancée vers l’Occident, passent par ce long couloir.

Les raisons qui ont incité ces peuples nomades à quitter leurs territoires d’origine sont probablement multiples. On invoque des causes économiques, démographiques et peut-être même des changements climatiques.

L’efficacité de ces cavaliers des steppes, leur mobilité et leur supériorité numérique lors des combats décisifs, expliquent en tous cas, leurs succès militaires rapides. Les peuples barbares sédentaires n’ont pu résister à leurs assauts et ont été inexorablement repoussés vers l’Ouest, tels les Goths.
L’efficacité de la cavalerie nomade a donc déterminé le rôle dirigeant des peuples de la steppe qui formèrent de multiples unions inter-tribales. Les Huns ont ainsi créé une véritable ‘super puissance’ englobant maints peuples sédentaires subordonnés, comme par exemple les Ostrogoths.

De leurs côtés, les nombreux peuples barbares établis le long du limes, n’étaient pas des inconnus pour le monde antique. En effet, du fait de leur situation géographique, ces tribus germaniques furent fortement marquées par l’influence culturelle romaine et, souvent même, ils connaissaient parfaitement l’Empire.

La confrontation de ces Barbares avec l’Empire favorisa chez eux la formation des unions tribales à vocation militaire, telles les ligues militaires des Alamans et des Francs sur le Rhin ou des Goths sur le Danube, et par conséquent, la croissance du rôle des chefs de guerre. Certains d’entre eux furent ainsi à l’origine de dynasties royales, autour desquelles s’organisèrent des systèmes pré-étatiques, précurseurs des "Royaumes barbares" du Haut Moyen Age.

Durant la phase initiale des Grandes Migrations, Rome, faute de pouvoir les contenir, fut contrainte d’accueillir sur son territoire certains peuples barbares tels les Goths, les Burgondes, les Francs, les Alains, et dans une moindre mesure, les Huns (qui furent dans un premier temps, eux aussi, alliés aux Romains).

Ils y bénéficièrent du statut militaire de ‘fédérés’, c’est-à-dire d’alliés militaires de Rome dont ils s’engageaient à défendre les frontières contre d’autres Barbares.
En général, ces types de migrations à caractère militaire ne mettaient pas en mouvement des populations considérables, mais sans doute quelques dizaines de milliers de personnes dont environ un tiers de combattants. Ces mouvements de Barbares n’ont pas provoqué habituellement l’exode des populations romaines que les fédérés étaient censés défendre.

D’ailleurs, les traités entre les empereurs et leurs nouveaux serviteurs prévoyaient les modalités de cohabitation entre les Romains et les nouveaux venus.

On note, au Vème siècle, la formation progressive de deux centres politiques et culturels principaux :

- d’une part, en Gaule, le royaume mérovingien qui devient progressivement au Haut Moyen Age le véritable leader de l’Occident reconnu comme tel par l’Empire romain d’Orient (qui subsiste jusqu’en 1453).

- d’autre part, les royaumes barbares du Danube dont le plus célèbre fut "l’empire d’Attila".

L’histoire de toute l’Europe s’articule alors autour de ces deux pôles.
Che Khan, votre humble serviteur
Image