Message 30 Sep 2005, 13:49

Attila, Roi des Huns (395-453, ap J-C)

Attila (395-453, ap J-C)


Le nom suffit à évoquer l'image terrifiante d'un barbare démoniaque, d'un cavalier sauvage qui apportait partout, sur son chemin, mort et destruction. Il y a plus de mille cinq cents ans qu'Attila lança ses hordes de cavaliers à l'assaut du puissant Empire romain; et pourtant, l'horreur qu'inspire son nom ne s'est pas estompée avec les siècles.

L'Attila de l'histoire est-il celui de la légende ?

De fait, l'homme laisse une impression vivace et pas très plaisante à ses contemporains.

Un historien romain qui visita la place forte d'Attila en Valachie (partie sud de la Roumanie actuelle), en 449, décrit le roi sous un aspect peu enviable : un nain hideux qui avait de larges épaules, une grosse tête, un nez camus et une barbe clairsemée.

Un autre historien qui vit Attila de ses yeux nous dit :

"Le port altier du roi des Huns exprimait la conscience qu'il avait de sa supériorité sur le reste de l'humanité; il avait l'habitude de rouler des yeux féroces, comme s'il voulait jouir de la terreur qu'il inspirait."

Nous avons une autre description d'Attila faite le Grec Priscus. Celui-ci rédige un Journal lors de sa visite en Hunnie en 449 à l'occasion d'une ambassade byzantine. Il y décrit à plusieurs reprises le portrait d'Attila.

Il le présente de type mongoloïde, petit mais vigoureux, austère et grave, et exerçant une autorité incontestable non seulement sur son peuple, mais aussi à l'étranger.

Priscus décrit Attila comme un homme sobre dans ses vêtements et son alimentation, sombre et superstitieux, mais fin diplomate et capable de jouer la comédie.

Et Jordanès, historien goth (ou alain) de langue latine du VIème siècle, dans son ouvrage "Histoire des Goths", le décrit de cette manière :

"Si quelque chose venait à l’irriter, son visage se crispait, ses yeux lançaient des flammes. Les plus résolus n’osaient affronter les éclats de sa colère. Ses paroles et ses actes mêmes étaient empreints d’une sorte d’emphase calculée pour l’effet ... A côté de cela, il se montrait doux pour ceux qui savait se soumettre, exorable aux prières, généreux envers ses serviteurs, et juge intègre vis-à-vis de ses sujets. Ses vêtement étaient simples, mais d’une grande propreté. Sa nourriture se composait de viandes sans assaisonnement qu’on lui servait dans des plats de bois. En tout sa tenue modeste et frugale contrastait avec le luxe qu’il aimait à voir déployer autour de lui."



Certes,Attila était, à l'image des hommes de ces diverses tribus, ce que les Romains qualifiaient de "barbares". Mais il semble que la légende ait accentué la barbarie de ce chef effrayant.

Il était, sans doute cruel (à l’image de son époque) mais c’était également un fin politique et un grand stratège.Il était intelligent et possédait un haut niveau de culture.

Il fut aussi, un homme influent et attentionné pour son peuple.

Attila nait vers 395 (ap J-C). C’est un fils de roi. Mais la notion de roi est très flou chez les huns. Il est plus certainement le fils d’un chef important portant nom de Mundzuk.
Mundzuk est également le frère de Ruga.

Or l’essor de la puissance des Huns en Europe commence en 422 au temps du roi Ruga et connaît son apogée durant le règne de son successeur, Bleda (frère d'Attila).

Vers 408, Attila est envoyé par son oncle à la cour d’Honorius ( il va, sans doute, y retrouver Aétius). En 412, il revient chez son oncle Ruga. A cette époque, les relations sont très bonnes entre les Huns et les Romains.

En 423, l’empereur Honorius décède. Sa soeur, Galla Placidia devient régente, puis Valentinien III, fils de Galla Placidia, est proclamé empereur d’Occident.


Ruga, suivi de son successeur, aide un parti de Romains occidentaux , celui du patrice Aetius (le futur général). Ce parti est opposé à l'impératrice Galla Placidia. Ruga les appuie d'abord à prendre le pouvoir contre la rivale (en 433 ou 434), puis dès 435 à chasser les barbares germaniques qui s'étaient installés en Gaule.

Notamment, en 436, les Huns écrasent l'armée burgonde de Gundahar (événement qui sert de base à la légende des ‘Nibelungenlied’ ou Chant des Nibelungen).

Ces relations privilégiées des Huns avec l'Occident contrastent avec les luttes des Huns contre l'empire d'Orient. Ruga, qui est de plus en plus hostile à l'empire d'Orient meurt dans une expédition organisée contre celui-ci en 434 (peut être) empoisonné par ses neveux.

La succession se fait alors au profit de Bleda, qui devient grand roi des Huns, et dans une moindre mesure de son frère Attila qui n'hérite que des territoires occidentaux.

Sous le règne de Bleda, les années suivantes (435-440), sont marquées par le triomphe des Huns face à l'empire d'Orient. Mais ce triomphe est surtout diplomatique car la politique de Bleda à l'égard des Romains est pacifique.

Un doublement du tribut versé par Constantinople et la promesse impériale de ne plus s'allier aux barbares ennemis des Huns suffit à donner les mains libres à Bleda. Il profite de cette situation pour agrandir son empire jusqu'aux Alpes, au Rhin et à la Vistule.

Pourtant, profitant de l'occasion qu'offre l'invasion de l'Arménie romaine par les Perses sassanides, Bleda attaque à nouveau l'empire d'Orient. À ce moment, Attila décide de marquer son désacord avec son frère et ne l’aide qu'en dernier recours Il entame des pour-parlers avec l'Empire de son côté afin d’éviter d'être lésé sur le partage du butin et peut être aussi en vue d’une eventuel mort de Bleda.

Mais, celle-ci ne vient pas. Alors, en 444 ou au début 445, aidé par ses vassaux germaniques, Attila décide d’un coup d'État contre son frère.

Deux Germains soumis aux Huns : le Skire Edika et le roi des Gépides Ardaric, fournirent les forces nécessaires pour l'assassinat de Bleda.

(remarque : certains historiens remettent en cause la théorie de l’assasinat de Bleda. Il préfère une version plus simple, Bleda serait mort suite à une chute de cheval après un dîner trop ‘arrosé’).


Bleda assassiné ou pas, le résultat est le même, Attila est,enfin, le seul grand roi des Huns.

Son règne dure huit ans mais sera marqué par un effondrement progressif de la puissance des Huns. En effet, jusque-là elle était patiemment bâtie sur la reconnaissance de l'empire hunnique par l'empire romain d'Orient et sur la manne financière des tributs et rançons versés par Constantinople plus que par la guerre et les campagnes militaires.

Il semble que dès la disparition de Bleda, les alliés germaniques d'Attila aient influencé celui-ci en favorisant l’idée qu'il avait de se croire destiné à règner sur l'univers tout entier. Dans l'engrenage qui va mener les Huns à acquérir plus de puissance, Attila se trouve rapidement contraint à de nouvelles guerres pour récompenser et surtout garder ses fidèles Germains.

Ainsi, Attila se fait désigner Europæ Orbator (empereur d'Europe) et s'empare dès 445-446 de la province romaine de Pannonie-Savie (le reste de la Pannonie étant déjà tenue par les Huns).

Pour maintenir la fiction de l'administration romaine, il est quand même nommé maître de la milice par l'empereur.

Le 27 janvier 447, un tremblement de terre détruit une grande partie des murailles de Constantinople et provoque une famine importante.
Attila, profitant de l'événement, jette son armée sur l'empire d'Orient. Mais, il s'y embourbe et la guerre s’éternise.

Les Bizantins ne payent pas leur tribut et les versements des sommes précédemment dues sont interrompues. Les négociations de paix durent plusieurs années, sans aucun bénéfice pour les Huns.

Or, au moment même où elles vont aboutir, les tributs versés par l'Orient se tarissent définitivement. L'empereur Théodose II meurt dans un accident de cheval et le « parti des bleus » (parti des sénateurs et des aristocrates) triomphe : il est farouchement opposé à l'idée de payer les barbares pour acheter la paix.

Cette paranthèse permet à l'empire d'Occident d'être momentanément épargné mais n’ayant pu soumettre l'Orient, Attila se retrouve pris dans le jeu diplomatique d'Occident dès 450.

L'épisode concerne Honoria, co-impératrice d'Occident et son frère cadet, Valentinien III .

Celui-ci veut la forcer à prendre le voile pour préserver l'unité impériale.
En 449, un scandale éclate et Honoria est envoyée à Constantinople pour que sa “virginité” soit mieux gardée. Celle-ci décide d’envoyer sa bague à Attila pour lui demander de l'aide.

Attila prend l'affaire très au sérieux et accepte le bijou comme “dot “, en espérant pouvoir demander la Gaule en tant qu'héritage impérial dû à sa “fiancée”.

Bloqué en Orient, devant le refus de Valentinien et suite à la disparition d' Honoria, Attila se trouve contraint en automne 450 de déclarer la guerre à l'empire romain d'Occident (ce qui met également un terme au tribut versé par l'Occident).

À la tête d'une armée coalisée germano-hunnique, Attila se lance au printemps 451 contre la Gaule. Cette armée réunit Gépides (les plus nombreux), Ostrogoths (dirigés par 3 rois frères dont le père du futur Théodoric le Grand), Skires, Suèves, Alamans, Hérules, Thuringiens, Francs, Burgondes, Alains, Sarmates, elle est majoritairement germanique et les Huns n'en composent qu'une infime partie. Les tactiques habituels qui ont précédemment fait leur succès contre les “civilisés” ne sont donc plus à l'ordre du jour.

Le 7 avril, Attila brûle Metz. Puis, la Gaule lui résiste, d'abord à Paris sous l'impulsion de sainte Geneviève, puis à Lyon, à l'instigation de saint Aignan.

Attila est définitivement vaincu par une autre armée barbare composée par les Wisigoths de Théodoric Ier ainsi que de tous les peuples établis en Gaule à cette époque : Alains, Francs, Burgondes, gentiles sarmates, Saxons, lètes (colons barbares), Armoricains et même des Bretons venus d'Outre-Manche et commandée par le général romain Aetius.

Les Huns sont repoussés et c'est à 5 milles romains (7,5 km) de Troyes que la bataille finale a lieu, dans des champs près du village de Maurica ou Mauriacus (latin campus mauriacus, improprement identifiés par la suite comme les "champs catalauniques" près de Châlons-en-Champagne).

À la suite du carnage, Attila reste un moment en Gaule, puis se retire vers le Rhin.
Au printemps 452, il attaque à nouveau en Italie. L'armée d'Attila prend Aquilée, Padoue, Vérone, Milan, Pavie et se dirige vers Rome. Valentinien décide de négocier.

Conduite par le pape Léon Ier, par le préfet Trigetius qui a déjà traité avec les Vandales de Genséric, et par le consul Aviennus une délégation romaine va au devant du roi des Huns et obtient un armistice.

Dans le même temps, les troupes du nouvel empereur oriental, Marcien, ont franchi le Danube et menacent le cœur de l'empire hunnique. Attila se retire alors en Pannonie.

Attila n'était pas sans pitié au combat, et il comprenait la futilité de saccager le butin de la guerre et de massacrer des prisonniers qui pouvaient travailler fort utilement.

Implacable dans sa poursuite du pouvoir absolu, il apprit plus rapidement que les autres à respecter les peuples plus civilisés que ses armées écrasaient. Alors même qu'il s'emparait de vastes lambeaux de l'Empire romain, il retenait à sa cour de hauts fonctionnaires formés à Rome.

Et même s'il se trouva finalement à la tête d'un véritable trésor, la richesse ne le corrompit jamais. Le chroniqueur romain qui décrit le conquérant comme un « nain hideux » parle avec admiration de son goût pour les mets simples qu'il se faisait servir sur un plat de bois, alors que ses compagnons d'armes se gorgeaient de fins morceaux présentés sur des plateaux d'argent.

La fin d'Attila, vers l'âge de quarante-sept ans, est aussi dramatique qu’étrange. Les vraies raisons de son décès restent peu connues (même si l’on pense à un assassinat du à un empoisonnement).

Voici ce que l’histoire ou la légende (à vous de choisir) a gardé en mémoire :

Alors qu'il était encore en Italie, il décide de prendre une nouvelle épouse, une belle jeune fille du nom d'Ildico. Après un banquet de mariage copieusement arrosé, l'heureux couple se retire dans sa chambre. Plus un bruit ne sort de celle-ci jusque tard dans la journée du lendemain.

Les serviteurs du roi comprennent enfin que quelque chose d'anormal s'est produit, et ils se risquent dans la chambre princière.
Ils y trouvent Ildico complètement hébétée et Attila gisant sur le dos, dans une mare de sang, apparemment mort d'un saignement de nez que rien n'aurait arrêté.

La jolie jeune fille l'avait-elle tué? Certains l'en accusent, mais les Huns ne la crurent pas coupable. Attila fut enterré selon les rites traditionnels par un groupe de ses meilleurs cavaliers, que l'on mit ensuite à mort. Selon la légende, on les ligota sur leur selle, on leur trancha la gorge et leurs chevaux furent empalés en cercle autour de la tombe, formant une macabre garde d'honneur autour du monarque disparu.

Que peut-on dire en conclusion ?

Bien loin de l’image d’Epinal qui décrit Attila comme un ‘barbare’ illettré et inculte, on décèle en lui des qualités de stratège et de diplomate. Intelligent, rusé, bien au fait des tensions qui déchirent les empires romains d’Occident et d’Orient, il va tenir sa place au milieu de l’échiquier et va considérablement augmenter son pouvoir et celui de son peuple.

Mais Attila était avant tout un conquérant. Faute de successeur réel, le puissant empire hunnique sombrera rapidement après la mort de son chef.

Certes, tous les empires sont éphémères. Ceux des "Peuples Cavaliers" peut être plus encore ?


PS : Certains linguistes prétendent que le nom d’Attila viendrait de "AT" (père) et d’”ILA” (peuple) et pourrait être traduit par le "père du peuple", celui qui est responsable de remplir le “Grand Chaudron”afin que son peuple ne manque jamais de rien.
Che Khan, votre humble serviteur
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