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géopolitique des conflits entre nomades et sédentaires


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Modérateurs: Che Khan, Alokhan, Les "Dix Braves"

Message 24 Mai 2006, 12:31

géopolitique des conflits entre nomades et sédentaires

L histoire du monde est rythmée par des oppositions "classiques" récurrentes, par exemple:
-l antagonisme islam chrétienté.
-la rivalité entre puissances continentales et maritimes.
-l opposition nomades/sédentaires.


L antagonisme fondamental du IVeme siècle avant notre ère jusqu au XIVeme siècle ap JC, à l échelle du continent eurasiatique, est celui entre les nomades et les sédentaires.

Des huns qui harcelèrent la chine avant meme la dynastie Han, aux mongols qui s en emparent au XIIIeme siecle, la masse eurasiatique n a cessé, de la chine à l europe centrale et meme occidentale, de ressentir la pression du foyer perturbateur que fut l asie centrale: la chine, la perse, le croissant fertile, l asie mineure, la russie, l ukraine, la pologne et, au delà, la plaine de pannonie et l europe occidentale (champs cataloniques) furent affectés.

Tour à tour, scythes, sarmates, huns, avars, magyars, turcs, mongols -tous archers à cheval- ont fait durement sentir leur irruption sur le theatre eurasiatique.

En fait, la steppe eurasiatique peut etre comparée à une immense mer intérieure d ou jaillissent, par vagues successives durant 2000ans, les raids des nomades.

On peut aussi considérer l espace qui s étend de la caspienne à la mandchourie comme à la fois le foyer perturbateur et le véritable pivot (heartland) du monde eurasiatique durant environ 2 millénaires. A travers cette nouvelle vision la géopolitique retrouve une épaisseur historique.

Ce foyer perturbateur, au cours de la période précitée, affecte de facon plus ou moins profonde la chine des han et des dynasties suivantes jusqu à l avènement des ming. La dynastie des yuan est mongole - bien qu elle se soit, après la conquète, progressivement sinisée. la dynastie mandchoue qui s empare du pouvoir (1644) représente une nouvelle victoire des nomades.

La menace la plus durable dans le temps est celle des tribus huns (hiung nu); la plus dévastatrice est celle des mongols au XIIIeme siècle qui, à la périphérie chinoise, affecte le viet nam, la birmanie et la corée. Deux tentatives de débarquement Au japon échouent surtout à cause des intempéries atmosphériques.

Ce foyer perturbateur exerce une action continue sur la perse: invasions turques et mongoles se succèdent, l iran n étant séparé de l asie que par la barrière fluide de l oxus (amou daria). Byzance est elle aussi maintes fois menacée du VIeme siècle à sa chute par des vagues de nomades magyars, turcs seldjoukides, jusqu à l assaut final des turcs ottomans qui provoque la chute de constantinople (1453).

la pesée des nomades est également ressentie plus à l ouest: en russie, ukraine, pologne, plaine pannonienne. Les huns à la veille de la chute de l empire romain arrivent, avec attila, jusqu en france. Les hongrois (IXeme siècle) forment avec les bulgares (VIIeme-IXeme siècles) et les finnois l avancée la plus occidentale du monde steppique. Quant aux mongols qui constituèrent le plus vaste empire que le monde ait connu, leur irrésistible avancée vers l ouest ne fut stoppée, au milieu du XIIIème siècle, que par la mort de leur grand khan.

Les historiens -dont la tendance a été de s intéresser, en dehors de l antiquité greco-romaine, aux histoires nationales- ont trop souvent négligé le role et l impact des nomades.

En dehors de ce foyer perturbateur fondamental qui est, par sa durée et son impact, le plus important de l histoire universelle, un second foyer nomade, celui là désertique, joue un role essentiel: celui des bédouins d arabie. en moins d un siècle, entre la mort de mahommet (632), et l investissement de l espagne (722), les arabes, motivés et soutenus par la foi musulmane, défont byzance en syrie et l iran, s emparent de l égypte puis du maghreb, pénètrent le continent européen par le sud ouest et atteignent l indus et les contreforts himalayens.

L islam, à de modestes reculs près (péninsule ibèrique), continue de s étendre du 8eme au 17eme siècle, tant en asie qu en afrique: investissement de l asie centrale ou une importante partie des nomades des steppes sont islamisés -parfois comme les turcs lors d une avancée en terre de sédentaires. Progressivement une partie des turcophones issuent d asie centrale s emparent du pouvoir politique et militaire qui fut initialement l apanage des arabes.

L avancée musulmane s étend jusqu au sin kiang. l inde, déjà grignotée par l islam,est investie par le turc djaghatai babur (1525), lui meme bousculé de traansoxiane par les ouzbecs d abord vers l afghanistan. La dynastie des grands moghols est créée et règne sur un sous continent presque entièrement conquis jusqu à l arrivée des britanniques. Entre temps, la poussée musulmane progresse vers la malaisie, bornéo, java, célèbes, sarawak et atteint mindanao, la plus méridionale des iles des philippines ou au XVIeme siècle, l avancée musulmane est à nouveau stoppée, en asie cette fois, par les espagnols.

Enfin, l islam qui a pénétré en afrique noire dès le 9e/10e siècle, en zone sahélienne descend vigoureusement vers le sud, tant à l ouest qu à l est dans un mouvement continu.

Une dernière expension nomade d envergure est à signaler durant les 8e/11e siècles, celle des nomades de la mer que furent les vikings dont l impact sur la france, l angleterre et par la suite la sicile fut important mais moindre toutefois que le role capital que jouèrent ces marins guerriers scandinaves sous le noms de varègues qui investirent les fleuves russes, marquant leur passage à novgorod, descendant la volga, se mettant pour une partie d entre eux au service de byzance et par dessus tout contribuant à créer la russie kievienne.

Ce qui par conséquent parait caracteriser l histoire du continent eurasiatique, dans une perspective géopolitique fondée sur la durée, est non pas l opposition entre puissances maritimes et occidentale, mais l opposition entre foyers sédentaires et irruptions nomades.

Les foyers sédentaires anciens sont la chine, l inde, la perse, la mésopotamie, la syrie palestine, l italie et par la suite l europe à partir du noyau carolingien. Ils sont fondés autour de fleuves ou d oasis et finissent, à la longue, par triompher des nomades.

gerard challiand, "anthologie mondiale de la stratégie", des origines au nucléaire, chez robert laffont.

Message 24 Juil 2007, 08:44

A mon sens, il faut justement voir la raison des succès fulgurants et de la défaite finale des peuples cavaliers dans leur aspect nomade.
Eternellement en mouvement, s'inquiétant peu d'une lourde logistique, les peuples nomades ont pu frapper partout où l'on ne les attendait pas et avec une vivacité peu commune.
Toutefois, peu à peu (comme lors de l'invasion de la CHine par exemple), des auxiliaires locaux, disposant de bonnes connaissances technologiques, furent employés. Au final, les nomades furent aussi influencés par leurs conquérants et plusieurs peuples ou hordes finirent par se sédentariser; ce fut en quelque sorte le début de leur fin...
A mon sens, les peuples cavaliers utilisèrent à merveille le décalage technologique et temporel qui les différenciait de leurs ennemis mais la victoire n'eut qu'un temps et, au final, la défaite ne pouvait que survenir...

Message 28 Août 2008, 23:02

Les scythes ont également envahi la mésopotamie et le Levant... allant même jusqu'aux portes de l'Égypte pharaonique... :)

Message 23 Sep 2008, 22:48

Sans compter les Parthes qui, au IIIème siècle avant J-C, envahirent tout l'Iran jusqu'en Mésopotamie et se sédentarisèrent en quelques décennies, et tinrent bon pendant quatre siècles jusqu'à l'avènement des Sassanides, qui ne firent que remplacer le gouvernement des anciens nomades par le leur, plus "traditionnel" dans son optique.

Cependant, je crois qu'il faut toujours prendre des précautions lorsqu'on parle des peuples.

Il est évident que les peuples nomades ont eut un rôle énorme dans le monde, que ce soit en Eurasie ou... dans les Amériques (grâce notamment à certains chevaux espagnoles... !), cependant, il faut considérer aussi les échanges inter-culturels, inter-ethniques et... entre les sédentaires et les nomades !

Ainsi, les Parthes ont pris des gouvernements sédentaires et se sont sédentarisés. Peut-on alors encore parler de nomades ? Pareil pour les arabes ; lorsqu'ils ont instauré des gouvernements puissants et une administration solide, on ne peut plus parler de sédentarisation non plus ! Entre le Khwarezmien de 1150 et l'Arabe de 700, il y a un monde !

N'oublions pas non plus que les invasions nomades, comme la plupart des grandes invasions d'ailleurs (cf les "Grandes Invasions" à la fin de l'empire Romain) représentent grandement un changement de gouvernement, bien plus qu'un changement de population. Cteisphon, prise par les Arabes (ou par les Parthes, plus d'un millénaire avant eux) ne s'est pas mise nomadisme pour autant ! Les Arabes, émigrants, se sont retrouvés mélangés aux populations locales, peut-être même dilués à elles. Seule la culture, vectrice des invasions réussies et durable, s'en est retrouvée changée, mutée, détruite ou reconstruite, selon les cas. Mais le mode de vie est resté plus ou moins le même, le caractère nomade s'étant éteint dans les territoires conquis le jour où il n'était plus nécessaire militairement et logistiquement pour faire avancer l'invasion, alors qu'il a perduré pendant plusieurs millénaires dans les milieux où la sédentarisation n'est pas de mise et où le nomadisme, forme de vie performante et optimisée par ses utilisateurs, se voyait être la seule solution pour garder une population prospère et active.

Enfin, tel est mon avis !

Message 23 Sep 2008, 23:15

Sauromatès a écrit:N'oublions pas non plus que les invasions nomades, comme la plupart des grandes invasions d'ailleurs (cf les "Grandes Invasions" à la fin de l'empire Romain) représentent grandement un changement de gouvernement, bien plus qu'un changement de population. Cteisphon, prise par les Arabes (ou par les Parthes, plus d'un millénaire avant eux) ne s'est pas mise nomadisme pour autant ! Les Arabes, émigrants, se sont retrouvés mélangés aux populations locales, peut-être même dilués à elles. Seule la culture, vectrice des invasions réussies et durable, s'en est retrouvée changée, mutée, détruite ou reconstruite, selon les cas.

Celà se retrouve effectivement avec chaque peuples ayant conquis un pays... Les romains apportérent leur culture aux gaulois pour donner les gallo-romains... Les francs conquirent la Gaule et donnèrent la France médiévale... Les conquérants sont toujours une minorité parmi le substrat de population locale... parfois leur culture prends le dessus (romains en Gaule) parfois ils finissent absorbés par le substrat (francs en Gaule).

Sauromatès a écrit:Mais le mode de vie est resté plus ou moins le même, le caractère nomade s'étant éteint dans les territoires conquis le jour où il n'était plus nécessaire militairement et logistiquement pour faire avancer l'invasion, alors qu'il a perduré pendant plusieurs millénaires dans les milieux où la sédentarisation n'est pas de mise et où le nomadisme, forme de vie performante et optimisée par ses utilisateurs, se voyait être la seule solution pour garder une population prospère et active.

La Nature a horreur du vide... et même lorsque les nomades conquiérent de nouveaux territoires il en reste toujours pour continuer le mode de vie traditionnel... en le perfectionnant siècle après siècle...

Sauromatès a écrit:Enfin, tel est mon avis !

Et je pense que nous sommes tous de votre avis. :)

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