Message 22 Nov 2015, 20:48

La Bataille de la Brenta, 24 septembre 899

La Bataille de la Brenta, 24 septembre 899

Avant-propos :

La bataille de la Brenta est une bataille qui voit s'affronter les troupes de Bérenger Ier, Roi d'Italie à une armée magyare engagée comme mercenaire par Arnulf de Carinthie, Roi de 'Francie Orientale'(Germanie).

La bataille se déroule sur les rives de la Brenta, un petit fleuve du nord de l'Italie qui se jette dans la lagune de Venise.

Contexte général :

A la fin du IXème siècle, l'Empire carolingien de Charlemagne a été divisé en trois royaumes (Francie occidentale, Francie orientale et Lotharingie).

Ces trois royaumes sont dirigés par des rois de la lignée carolingienne, qui se disputent la suprématie et la couronne d'Empereur d'Occident.

Peu avant sa mort en 855, Lothaire Ier, prend soin de partager son empire entre ses fils par le traité de Prüm.
L'aîné d'entre eux, Louis II le Jeune reçoit un territoire qui correspond à l' Italie du Nord actuelle et qui devient ainsi un nouveau Royaume, le royaume d'Italie (en latin, regnum Italicum).

En 887, Arnulf de Carinthie, fils de Carloman succède à son père et devient roi de 'Francie Orientale'. Il a le projet de recréer l'Empire carolingien.

En 888, Bérenger de Frioul devient Bérenger Ier roi d'Italie mais perd ses terres au profit de Guy III de Spolète qui se proclame roi d'Italie et empereur.

En 894, Bérenger ier est sauvé par l'intervention d' Arnulf de Carinthie, qui bat battant Guy de Spolète, qui mourut peu de temps après.

En 896, Arnulf de Carinthie est couronné roi d'Italie (et empereur romain germanique, à Rome, par le pape.

Il nomme son fils illégitime Ratold comme vice-roi d'Italie.

Ratold et Bérenger convienne de diviser l'Italie entre eux, mais peu de temps après, ils commencent à se battre pour la suprématie. Ratold décède subitement laissant Bérenger comme seul chef. Il commence à, lui aussi, aspirer au titre d'empereur.

Surtout qu'il se considère comme un vrai carolingien alors qu'Arnulf n'est qu'un fils illégitime de Carloman.
En effet, Béranger Ier est, par sa mère, le petit-fils de Charlemagne.

Conscient du danger, Arnulf, se doit d'intervenir mais étant malade, il ne peut se rendre personnellement en Italie.

Il décide de conclure une alliance avec les magyars qui, de 895 à 896, occupent les parties orientales du bassin des Carpates.
Il les engage comme mercenaires et les convainc de lancer une campagne contre Bérenger Ier.

Arnulf a deux objectifs : combattre Bérenger et détourner les Magyars de son propre royaume

les Magyars y trouvent aussi quelques avantages : rafler du butin en toute 'légalité' et découvrir une nouvelle région.

Il est dit que cette alliance se conclu à la manière magyare, c'est à dire en coupant un chien et un loup en deux, les parties jurant qu'ils vont garder l'alliance et se maudissant de mourir comme les animaux qu'ils coupent si elles rompent leur serment.


Les magyars ne sont jamais allés en Italie. Le renseignement militaire est l'un des traits les plus importants de la guerre nomade.

Pour eux, démarrer une guerre sans connaître la puissance des ennemis, le nombre de soldats, la volonté de se battre, les itinéraires d'attaque et de retraite, les endroits qui peuvent être choisis comme lieux de bataille, le nombre de villes, les châteaux et la force de leur système de défense, etc., est inimaginable.

L'étude du terrain et ses possibilités stratégiques est également étudiée avec soins et une particularité très importante est également l'étude du terrain par rapport à la 'guerre cavalière'. En effet, il faut penser 'cheval'.

Fin Octobre 898 ils envoient de petite unité rapides en reconnaissance.

Comme Liutprand de Crémone mentionne, après son retour, les Magyars utilisent l'hiver pour préparer leurs armes, aiguiser leurs pointes de flèches, et enseigner aux jeunes comment se battre.


Début 899, ils se mettent en marche vers l'Italie.

Les historiens ne sont pas d'accord à propos de la route qu'ils ont pris.


Certains soutiennent qu'ils contournent La Pannonie et entre en Italie dans la région d'Aquilée.

D'autres prétendent qu' avec la permission d' Arnulf, ils traversent La Pannonie et se dirigent vers l'Italie sur la route antique Via Gemina qui reliait les ancienne villes de Celeia, Ljubljana et Aquillée. [6]

Les avis divergent également sur les mois de l'invasion.

En se basant sur ​​les sources de Liutprand, ils sont arrivés en Février-Mars. Selon le récit de Catalogus abbatum nonantulorum, ils sont arrivés en Août 899.

quoi qu'il en soit Ils passent aux environs de Trévise, Vicence, Vérone, Brescia, Bergame, Milan et Pavie.


En effet, il semble que les Magyars n'ont pas de moyen logistique pour attaquer les châteaux et les villes défendues par des murailles. Ils pillent les campagnes, les monastères et collectent du butin.

Comme Liutprand de Crémone le mentionne dans sa chronique, Béranger Ier est surpris de l'apparition des ses Magyars.

Il envoie des émissaires partout dans son royaume pour lever des troupes afin de lutter contre l'invasion.

Selon le 'Chronicon Sagornini' de Jean Diacre, il réussi à rassembler une armée trois fois supérieur à ses adversaires.

Son armée est estimée à 15000 hommes et l'armée magyare à 5000 hommes.

Confiant, Béranger Ier tarde à attaquer les Magyars. Ce qui leur laisse le temps de rallier les petits groupes qui s'étaient dispersés en simulant une retraite vers un lieu de rassemblement, certainement choisi dès le départ et situé sur la rive du fleuve Brenta.

Cette attitude persuade Béranger Ier que la guerre sera vite gagnée et commence la poursuite de l'armée magyars.

Ses troupes montées réussissent même à surprendre une troupe magyare et la forcer à traverser à la hâte la rivière Adda provoquant la noyade de plusieurs guerriers.

Pour augmenter la confiance de Béranger, les Magyars lui envoient des émissaires lui demandant d’arrêter sa poursuite et qu'en contre partie, ils renoncent à leurs pillages et retournent dans leur patrie avec le butin déjà récolté.

Béranger Ier et ses commandants refusent catégoriquement.

Aux "grands champs» de Vérone, l'arrière-garde magyare est au contact de l'avant garde italienne mais les Magyars refusent le combat et réussissent à fuirent continuant sa retraite.

Avant la Bataille :

Le matin du 24 Septembre 899, après cette longue poursuite,les Magyars et les Italiens sont enfin arrivés à la rivière Brenta.

Liutprand mentionne que les montures des Magyars étaient très fatiguées, mais qu'ils ont eu la force de traverser la rivière avant que les Italiens ne soient au contact.

Résultat, les deux armées sont séparée par la rivière.

Les chevaliers italiens, plus lourds, ne peuvent passer la rivière aussi facilement, de sorte qu'ils décident rester de leur côté.

Les deux armées assemblent leurs lignes de bataille sur les deux rives opposées.

Les Magyars envoient de nouveau des émissaires chez les Italiens. Cette fois, ils proposent des conditions plus séduisantes pour les Italiens.

Ceux-ci les laisse partir et en échange ils rendent les prisonniers et gardent un butin raisonnable.

Les Italiens refusent à nouveau en exigeant l'abandon total du butin.

En attendant la poursuite des négociations, les Italiens commencent installer leur camp pour la nuit mais bien trop confiant, le camp est peu surveillé et bien trop peu fortifié.

Bérenger Ier pensent que les Magyars sont trop fatigués trop faibles pour se battre, de sorte qu'ils sont à sa merci.

Sans ordre précis, beaucoup de soldats commencent à manger et surtout à boire,

Du côté magyar ont n'est pas si fatigué qu'on veut bien le dire.
L'endroit ou ils se sont arrêtés n'a pas été choisi par hasard. En effet, il s'agit de leur 'camp de base' avec des troupes de réserve et de nombreux chevaux frais.


La Bataille :

Pendant les négociations, les Magyars envoient trois groupes traverser la rivière à certains endroits plus éloignés et leur demande de contrôler des points stratégiques tout autour du camp italien.

Lorsque ces unités ont pris leurs places, l' armée magyare traverse la rivière sans être détecté par les Italiens
En effet, pendant ce temps, les Italiens en confiance continue à s'installer ou à bivouaquer.

Par surprise, la Magyars attaquent de tous les côtés. Ils font pleuvoir sur la camp italien des centaines de flèches qui font des ravages dans les rangs italiens.

Liutprand écrit que beaucoup d'entre eux sont été tués avec la nourriture dans la gorge.

Cette attaque surprise et simultanée empêche les Italiens de s'organiser et la bataille tourne en massacre.
Certains chevaliers italiens cours vers leurs chevaux mais ceux-ci sont déjà aux mains des Magyars et les chevaliers sont tués.
Certains essayent de rester loin des petites poches de combat et demandent à être épargnés, mais sont aussi massacrés.

Les Magyars poursuivent les fuyards comme à la chasse.

Les pertes italiennes sont énormes.

Dans le 'Catalogus abbatum nonantulorum' (une liste des abbés de Nonantola avec leurs histoire) décrit ​​des milliers de morts chrétiens.
Regino de Prüm décrit dans sa chronique que des masses innombrables de personnes sont tuées par des flèches.
Le 'Chronicon Sagornini' de Jean Diacre cite que seuls 'quelques-uns d'entre eux' (les Italiens)sont retourné chez eux.

Les pertes magyares sont très légères car ils n'ont rencontré presque aucune résistance.

Le Roi Bérenger Ier a néanmoins réussi à échapper et à se réfugier à Pavie.
Il est dit qu'il s'est sauvé du champ de bataille en changeant ses vêtement avec ceux de l'un de ses soldats.


Après la Bataille :


Après cette victoire tout le Royaume d'Italie est à la merci des Magyars.

En l'absence de toute opposition, ils décident de passer l'hiver en Italie de Nord tout en continuant à attaquer les monastères, les châteaux et les villes.

Le 13 Décembre 899 ils attaquent la ville de Vercelli.
Liutwar, évêque de Vercelli et archichancelier de l'Empire carolingien, essaye de leur échapper en emmenant avec lui ses trésors.
Accidentellement rattrapé, il est tué et ses trésors enlevés.

Le 26 Janvier 900 ils prennent Modène et deux jours plus tard, l'abbaye de Nonantola. Le monastère et l'église sont brûlés et les moines, tués.

Dans l'intervalle, le 8 Décembre 899, l'empereur Arnulf est mort en Regensburg,
L'alliance entre la Francie orientale et les Magyars a perdu sa validité.
Les envoyés magyars négocient le renouvellement de l'alliance mais les conseillers du nouveau roi, Louis de Germanie qui n'a que 6 ans, refusent une nouvelle alliance.
Les Magyars décident alors de se retirer lentement d'Italie et d'attaquer la 'Francie orientale' (via le Duché de Bavière).


Au printemps 900, les Magyars ont conclu la paix avec Bérenger Ier qui leur donne en échange une grosse somme d'argent.
A partir de ce moment et jusqu'à sa mort en 924, Bérenger Ier leur rendra régulièrement hommage (comprenez par la qu'il leur paye un tribut pour éviter une nouvelle invasion).


Sur le chemin du retour, les Magyars accomplissent une petite performance militaire.

Ils attaquent la République de Venise.

Cette attaque n' était pas une violation de l'accord avec Bérenger Ier, car à cette époque, Venise ne faisait pas partie du royaume italien, mais était une république autonome sous byzantine
Selon le 'Chronicon Sagornini' de Jean Diacre, ils attaquent les premières villes de la côte (Equilio, Cittanova).

Ensuite en utilisant des 'bateaux de cuir', c'est à dire très certainement des sac de cuir rempli d'air, transformés en flotteur et attaché aux flans de leur monture, ils commence à traverser la lagune et saccagent l’île de Chioggia

Le 29 Juin, jour du martyre de Saint Pierre et Saint Paul, sur leurs navires "en cuir", ils tentent d'attaquer Rialto et Malamocco mais avant d'avoir atteint les îles, sur le lieu-dit Albiola, le doge de Venise, Pietro Tribuno, les forcent à battre en retraite avec sa flotte de galères.


Remarques :

- Liutprand de Crémone naît vers 920-922 à Pavie, dans une famille noble lombarde vivant à la cour du roi Hugues de Provence. On ne connaît pas le nom de son père, ni celui du second époux de sa mère. Mais tous deux furent commis par le roi Hugues, en 927 et à nouveau en 942, comme ambassadeurs à Constantinople.
Liutprand vit dans un premier temps à la cour du roi Hugues. Il passe ensuite au service de l'ancien premier ministre Bérenger II lorsque celui-ci renverse Hugues en 945. Sous les ordres de Bérenger, Liutprand est alors envoyé en ambassade à Constantinople auprès de Constantin VII en 949.
Dans sa chronique , Antapodosis seu rerum par Europam gestarum Libri VI, il donne la description la plus détaillée des événements qui ont conduit à la bataille et la bataille elle-même

- Jean Diacre (mort en 1009) était un Vénitien, secrétaire du doge de Venise et un chroniqueur.
Il a écrit une chronique de Venise, connu sous le nom Chronicon Sagornini.


- Réginon de Prüm (842-915) est un chroniqueur et canoniste médiéval. Il nait à Altrip près de Spire (actuellement en Allemagne). Reginon fut instruit au monastère de Prüm,et y devint moine En 892, juste après que le monastère est mis à sac par les Danois, il est nommé abbé. En 899 cependant, il est déchu de ce titre et se rend à Trèves, où il est nommé abbé de Saint-Martin.
Il écrit une Chronique traitant de l'histoire du monde du commencement de l'ère chrétienne à 906, tout particulièrement en Lorraine et aux alentours. Il l’a dédie à Adalbéron, évêque d'Augsbourg. Il meurt en 915 et est enterré dans l'abbaye Saint-Maximin de Trèves. Son tombeau y est découvert en 1581.


- Concernant la traversée de rivières avec les outre gonflée d'air, les Magyars réutiliseront cette technique lors de la Bataille de Pozsony, le 4 juillet 907 et les Mongols, plusieurs siècles après les Magyars, utiliseront cette technique particulière pour traverser les rivières et sans doute lors de la Bataille de Mohi contre les Hongrois.
Che Khan, votre humble serviteur
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