Message 16 Nov 2007, 18:00

Le Commerce de la Soie

Le Commerce de la Soie

La scène se passe il y a 4.700 ans, en Chine. Une princesse se nomant Si-Ling Chi boit son thé à l'ombre d'un mûrier. Tout à coup, elle est surprise par la chute d'un petit objet blanc dans sa tasse ! elle l’observe puis le retire et en le retirant elle dévide un fil d'une extraordinaire finesse et d'une grande longueur. La soie et la sericiculture vient de naître.

Certe, cette petite histoire tient plus de la légende que de la réalité historique.

Le ver à soie ou bombyx a la vie très courte et n'a pour seule activité la ponte de 300 à 500 oeufs. Après 4 semaines, la chenille file son cocon durant 3 jours et 3 nuits en croisant et recroisant un fil de soie sur une vingtaine de couches.
Ce fil a une extraordinaire finesse. Il a 30 millièmes de millimètres de diamètre et une longueur d'environ 2 km. Pour récupérer ce fil, le cocon est d’abord séché puis ébouillantés. Il se défait pour donner un fil dont on rassemblera les brins par moulinage et qui, après nettoyage, donnera le fil destiné au tissage de la soie.

La culture des vers à soie en Chine sera préservée comme un secret d´état durant des siècles. Emmener des vers ou des cocons hors de Chine était un crime passible de la peine de mort. Au début, seule la classe impériale porte des vêtements de soie, mais ensuite et depuis déjà quelques centaines d´années avant notre ère, la population chinoise en portera également.

Dès la plus haute antiquité, les Chinois excellent dans la fabrication de la soie.
La soie était produite en de telles quantités qu’elle coûtait moins cher que le chanvre et son utilisation n’était pas limitée aux seuls habits. En effet, elle servait pour fabriquer des cordes d’archer, des fils à pêche, des garnitures de couettes, des récipients étanches pour le transport de l’eau et des trames pour les tapis (tissés et noués).

Par contre, c’est dans le domaine des vêtements de luxe que la soie a trouvé ses premières utilisations en Occident et jusqu’à ce jour la soie a toujours porté cette image de luxe.

Ces tissus de luxe s'exportent à travers l’Asie centrale par des chemins qu'empruntent de longues caravanes de marchands et qui varient au cours des époques.

Ainsi, du 2ème au 14ème siècle, ces ‘Routes de la Soie’ reliaient la Chine à l'Occident en passant pas la Perse et le Moyen-Orient. Il existait aussi une route maritime contournant l’Inde et passant par la Mer Rouge .
Ainsi, déjà la Rome Antique des Césars est particulièrement friande de cette étoffe luxueuse qui a valeur d’or.


Cet appétit est si important que le sénat romain décide, en vain, de prohiber le port de la soie, autant pour des raisons économiques que morales. L’importation de la soie chinoise provoque d’importantes sorties d’or vers l’étranger, tandis que les vêtements en soie étaient perçus comme un signe de décadence et d’immoralité.

La soie valait cher, très cher, plus cher que l'or.

Tous les peuples qui ont réussi à avoir des oeufs et qui se sont mis à élever des vers et à fabriquer de la soie, ont essayé de garder le secret de fabrication. Mais ce secret de fabrication arrive lentement en Occident (Italie) entre le 12ème et le 14ème siècle.

En effet, la “pax mongolia” qui règne sur l’Asie centrale à cette époque favorise de nombreux échanges commerciaux entre l’Orient et l’Occident et de nombreux marchands parcourent les pistes cavanières à la recherche de produits exotiques.

Ainsi, l'Italie devient une plaque tournante du commerce de la soie. Si la république de Venise commerce déjà depuis l’époque des croisades avec les ports du Moyen Orient, Gênes ouvre une seconde route grâce à ses comptoirs en Mer Noire (Moncasto et Caffa par exemple).

Par contre, en France, on tisse la soie mais on achète le fil de soie à d'autres pays.

C’est Louis XI qui, par l'ordonnance du 23 novembre 1466, décide que l'on produira soi-même, sans droits ni taxes, ces fameuses soieries. Il souhaite créer la première manufacture de soie pour éviter ce qu'on appellerait aujourd'hui "la fuite des devises".
L'accueil mitigé des magistrats de la ville donna ce privilège à la ville de Tours.
Ce n’est qu’au début du 16ème siècle que François Ier implante officiellement l'industrie de la soie à Lyon.

Les Italiens, très nombreux dans cette ville depuis la Renaissance
participent au lancement des premiers ateliers de production d'étoffes " d'or, d'argent et de soie ".
On peut réellement parler de l'installation de la Fabrique lyonnaise à partir de 1536, sous l'impulsion de Turquet et Naris.

A la fin du 16ème siècle, le roi Henri IV encourage la culture du mûrier et l' élevage du ver à soie. Il fait planter 400 000 mûriers dans le Sud de la France.
Marco Posato, Marchand à Moncastro